Franchement ? Je ne
suis pas peu fier de ne pas avoir partagé le même engouement que la
plupart de celles et ceux qui ont découvert Disforia
du réalisateur, scénariste et producteur originaire d'Elche en
Espagne, Christopher Cartagena González. Par trop effrayé à l'idée
de ressembler à ces vagues de mollusques qui se ruent
sys-té-ma-ti-que-ment devant les salles de cinéma dès qu'un film
de super-héros, de zombies, de fantômes ou comme ici de cinéma de
science-fiction dystopique, je ne me voyais pas assumer, le regard
empli de tristesse et de honte, le fait d'être contrevenu à
certains de mes principes. Lesquels, je l'avoue, se font pourtant
régulièrement et tragiquement la malle... Cela fait des mois, si ce
n'est des années que je hurle sur tous les toits que l'avenir de
l'horreur au cinéma et sur le petit écran est moins organique que
psychologique. Et voilà que débarque donc l'inattendu Disforia
sur lequel reposait tous les espoirs d'un féru ET de science-fiction
dystopique ET d'horreur ''pissecologique'' comme j'aime à le
susurrer à l'oreille de ma modeste petite personne ! Cependant,
cette psychologie, que l'on espère évoquée avec profondeur et
sensibilité n'est qu'un objet de marketing surfait et surtout,
relativement mensonger. Comme si l'aspartame avait le goût et la
forme d'un morceau de sucre sans en être vraiment ! Tout le
monde devrait logiquement s'accorder sur le fait qu'il n'y a rien de
véritablement original dans la description d'un couple et de leur
jeune fille désirant s'éloigner des grandes villes devenues de
véritables souricières depuis que le monde s'est transformé en ce
qu'il s'apprête probablement à devenir dans celui que nous
connaissons. Pour son premier long-métrage, Christopher Cartagena
González s'attaque à l'effondrement de notre société consécutive
à une crise économique majeure. Esther (Fariba Sheikhan), Tomás
(Eloy Azorin) et leur fille Say (Noah Casas) partent se réfugier
dans leur maison de campagne, loin du bruit, de la fureur et de la
violence citadine. Une demeure qu'ils ont prévu de vendre afin de
quitter l'Espagne pour se rendre en France. Si l'idée d'un récit se
déroulant en partie dans notre pays est plutôt séduisante sur le
papier, à l'écran, ne croyez sans doute pas retrouver les vertes
prairies de l'Hexagone puisque aucun des trois protagonistes n'aura
le temps de passer la frontière pour y trouver refuge ! En
effet, la petite famille reçoit la visite de Vera (Claudia Salas)
avec laquelle Tomás a communiqué à plusieurs reprises sur les
réseaux sociaux. Venue théoriquement acheter la demeure, la jeune
femme fomente en réalité des projets beaucoup plus sombres que le
simple achat d'une maison de campagne...
Découpé
en deux parties, Disforia
confronte le spectateur en servant un premier acte servant de
révélateur aux maux intérieurs qui touchent le couple. Isolés
dans leur habitation, le film est tout d'abord un huis-clos dans
lequel sont évoqués le suicide, l'instinct maternel et donc
l'isolement, rendant l'ensemble, il est vrai, quelque peu
inconfortable. Un long moment passé en compagnie d'un couple dont on
ne saisit pas toujours ce qui différencie le réel du mensonge.
Horreur psychologique ? Oui, certes, mais parfois d'un chiant
qui confine définitivement à l'ennui. Jusqu'à ce que débarque
comme un cheval au galop ruant dans les brancards, Vera, jeune adepte
des réseaux sociaux, tendance ''Dark Web''. Un sujet plutôt rares
mais ici parfois central et surtout évoqué à la manière d'un
script écrit par la main d'un auteur qui ne connait visiblement pas
grand chose en matière de psychologie. Ouais, parce que Disforia,
outre le fait que le long-métrage de Christopher Cartagena González
se complaise à fourvoyer l'intimité de ses héros à travers une
dystopie qui vire au Home Invasion, se joue de toute sobriété pour
n'être rien de plus, rien de moins qu'une œuvre bâtarde où
l'envahisseuse délivre ''son message'' en un minuscule coup de
cuillère à pot ! Question psychologie, on repassera. Aucune
tension, aucun suspens concernant ce nouveau personnage qui en
l'espace de quelques dizaine de secondes montre son vrai visage. Il
faut dire qu'avec ses quatre-vingt minutes, son auteur n'a pas le
temps de tergiverser et plonge ses protagonistes dans un bain de
violence que ces derniers redoutaient si jamais ils avaient pris la
décision de demeurer en ville. Sans aucune finesse et sur un ton
d'un classicisme à peine perturbé par le concept de violence filmée
en direct à l'attention d'abominables followers en attente des
exactions commises par Vera, Disforia s'avère
être en fait d'une triste banalité... que l'on conseillera donc à
celles et ceux qui demeurent néophytes en matière d'horreur
psychologique, de science-fiction dystopique ou de Home Invasion et
surtout pas à celles et ceux qui en ont un peu marre qu'on les
prenne pour des vaches à lait en leur servant sans cesse la même
recette...
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