Six ans après Un
drôle de paroissien,
Jean-Pierre Mocky, Francis Blanche et Bourvil se retrouvèrent une
fois encore aux côtés d'autres interprètes moins connus tels
Jean-Claude Rémoleux, Roger Legris, Rudy Lenoir ou encore Luc
Andrieux pour L'étalon.
Tous s'étaient d'ailleurs réunis autour d'un autre projet réalisé
un an plus tôt par le réalisateur et scénariste français intitulé
La grande Lessive !.
S'agissant de L'étalon,
l'on reconnaît la marque de fabrique de Jean-Pierre Mocky, son amour
pour la comédie satirique, genre qu'il s'est employé à
déconstruire à sa manière toute particulière pour le bonheur et
même parfois le malheur du public. Car en effet, le onzième film du
cinéaste est très significatif des failles et des limites de son
système qui l'a toujours vu employer d'authentiques vedettes du
cinéma, les mêlant très souvent à des comédiens et des acteurs
de seconde, voire de troisième catégorie. Des amateurs incapables
de tenir un échange au-delà de deux ou trois phrases. Il est
d'ailleurs plutôt amusant de constater qu'il se servira notamment
ici des faiblesses d'interprétation de l'acteur Jean-Claude Rémoleux
qui interprète le député Léon Lacassagne pour lui faire jouer le
rôle d'un politicien ayant de grandes difficultés pour s'exprimer
en public ! Concernant le script de Jean-Pierre Mocky et de son
fidèle collaborateur Alain Moury, le réalisateur ainsi qu'André
Bourvil en sont à l'origine. L'histoire suit à peu près le même
chemin que celui d'Un drôle de paroissien.
En lieu et place du personnage de Georges Lachaunaye qui pour faire
vivre sa famille était contraint de voler l'argent des troncs
d'églises, l'acteur interprète désormais le rôle du vétérinaire
William Chaminade qui alors qu'il s'apprête à prendre un bateau en
partance pour l'Afrique vient au secours d'une femme (Noëlle Leiris
dans le rôle de Nelly Pointard) qui vient de tenter de se suicider
en se jetant de la fenêtre d'un restaurant. La jeune femme explique
alors à son sauveur qu'elle est en manque d'amour. Ayant perdu ses
bagages, n'ayant nul endroit où dormir et sans le sou, le
vétérinaire imagine alors un moyen de se faire de l'argent tout en
proposant aux femmes esseulées et en mal d'amour de rencontrer des
hommes (les étalons en question) qui seront tout d'abord
drastiquement sélectionnés pour leur avantages physiques par
William et par un collaborateur, le docteur Finus (l'acteur R.J
Chauffard). On le voit, dans un cas comme dans l'autre, Bourvil
interprète un personnage prêt à défier la justice et la loi...
D'un
côté voleur et de l'autre se transformant en proxénète, son
personnage n'est pas le seul qui semble ici se référer à l'un des
protagonistes d'Un
drôle de paroissien
puisque après avoir incarné l'inspecteur Cucherat six ans
auparavant, Francis Blanche joue désormais le personnage du
percepteur Dupuis. Et dans un cas comme dans l'autre là encore, les
deux individus s'attachent à poursuivre le héros du récit afin de
lui faire cesser toute activité criminelle. Toujours aussi
débonnaire, Bourvil apparaît à l'écran le crâne rasé, vêtu
d'un costume blanc ainsi que de gants, d'une chemine et d'un chapeau
noir. Cachant ainsi plus ou moins son absence de cheveux qui ne
s'explique non pas selon un désir du cinéaste mais se référant
plutôt à un choix esthétique de la part de l'acteur lui-même qui
à cette époque est atteint d'un cancer et doit suivre un lourd
protocole médical le contraignant à subir des séances de
chimiothérapie qui lui font perdre ses cheveux. S'il ne semble
pourtant pas affaibli par la maladie ou par son traitement, Bourvil
n'est cependant pas à la hauteur de ses meilleurs rôles. Un constat
que l'on reprochera tout d'abord à Jean-Pierre Mocky qui commence
déjà à cette époque à mélanger vedettes de cinéma (l'on
retrouve ici notamment Michael Lonsdale dans le rôle du commissaire
Donald Both) et acteur à l'amateurisme assumé. Un drôle de
melting-pot qui malheureusement fonctionne plutôt mal. D'autant plus
qu'en reprenant plus ou moins la structure narrative d'Un
drôle de paroissien,
L'étalon
manque sincèrement d'inspiration. C'est long, répétitif et peu
divertissant. Pourtant, Jean-Pierre Mocky et son scénariste semblent
être parfois saisis d'une forte inspiration. À moins que les deux
hommes n'aient été captivés à l'idée du concept de ''doubles''
propre à la trilogie Fantomas
qui donna lieu à trois longs-métrages réalisés entre 1964 et 1967
par André Hunebelle avec en vedette Mylène Demongeot, Jean Marais
et bien évidemment Louis de Funès, la séquence se déroulant à
l'Assemblée Nationale où se joue le projet du vétérinaire de
faire passer une loi sous les faux traits du député Léon
Lacassagne est relativement réussie. Pour le reste, L'étalon
demeure une comédie très moyenne typique de ce que deviendra de
manière récurrente le cinéma de Jean-Pierre Mocky jusqu'à la fin
de sa carrière...

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