Nicolas et Bruno est un duo formé autour des réalisateurs,
scénaristes, photographes et acteurs français Nicolas Charlet et
Bruno Lavaine dont les premières collaborations datent des années
quatre-vingt dix. Leur première œuvre cinématographique en tant
qu'auteurs principaux date quant à elle de 2002 et s'intitule
Restauratec.
Un court-métrage auquel y succèdent plusieurs autres avant que les
deux hommes n'intègrent Canal+
toujours en tant que réalisateurs, scénaristes, monteurs et
doubleurs du programme humoristique Message
à caractère informatif.
Durant trois ans, ils développent un concept similaire au film culte
de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette qui en 1993
réalisèrent donc ensemble La
classe américaine
dans lequel il compilèrent des extraits de films produits par la
Warner
Bros
tout en y proposant de nouveaux dialogues sur un ton humoristique,
créant ainsi un tout nouveau récit... Ce n'est qu'en 2008 que
Nicolas Charlet et Bruno Lavaine tournent ensemble leur tout premier
long-métrage, la comédie La
personne aux deux personnes.
Une œuvre totalement originale, loufoque et au final très amusante
qui reprend certains codes kitschissimes de leurs aventures
télévisuelles puisque s'y télescopent un chanteur has-been (Alain
Chabat dans le rôle de Gilles Gabriel) et un employé de la COGIP,
entreprise fictive imaginée par les deux hommes au temps de Message
à caractère informatif,
de plusieurs autres émissions disséminées entre 2002 et 2018, mais
également de leur nouveau long-métrage sorti en début d'année
2026 sous le titre Alter
Ego.
Pour celles et ceux qui apprécient l'univers des deux cinéastes,
aucun soucis à se faire puisque Nicolas Charlet et Bruno Lavaine y
prolongent leur vision toute personnelle du cinéma et de la comédie
en particulier. Dix-huit ans après La
personne aux deux personnes
et treize après Le
grand méchant loup
dans lequel les deux cinéastes s'écartèrent exceptionnellement de
leur ''mythologie'' puisqu'ils y réinterprétèrent sous forme de
remake le film du québécois Patrick Huard,
Les 3 P'tits cochons,
lui-même étant une adaptation du conte populaire Les
trois petits cochons que
retranscrivit pour la toute première fois sous forme littéraire le
britannique James Orchard Halliwell-Phillipps en 1843.
Retour
en 2026 avec l'univers des deux français puisque les personnage
masculins et centraux du récit tous deux interprétés par un seul
et même acteur en la personne de Laurent Lafitte travaillent dans
l'entreprise devenue désormais l'une des marques de fabrique du duo
de réalisateurs et scénaristes : La COGIP.
À
deux années prêt de fêter son trentième anniversaire, cette
entreprise fictive a forcément évolué, à travers des responsables
et des subalternes qui ont changé au fil de ses différentes
représentations télévisuelles et cinématographiques. Désormais,
à la tête de la COGIP
l'on retrouve l'actrice Zabou Breitman dans le rôle de Nicole
Lecovec, la patronne d'Alex Floutard et bientôt celle d'Axel Chambon
qu'incarne donc ''doublement'' Laurent Lafitte. Une directrice
bienveillante malgré les piètres résultats obtenus par le premier
des deux ''sosies'' et par le collègue de bureau du premier, Denis
Moulard qu'incarne l'humoriste et comédien français Marc Fraize. Et
allez savoir pour quelle raison, mais l'actrice y est affublée
d'une... moustache ! Sans autre forme d'explication autre que
l'intention de faire rire, voilà le type de détails dont aiment
agrémenter dans sa globalité, leur œuvre, les deux cinéastes.
Auteurs de leur propre script, Nicolas et Bruno imaginent
l'emménagement d'un couple juste à côté de la demeure habitée
par Alex et son épouse Nathalie (Blanche Gardin). Sauf que pour
celui-ci, la présence dans son champ de vision d'Axel ainsi qu'au
sein même de l'entreprise qui bientôt emploiera ce dernier va
causer de graves problèmes chez Alex.
Bien
que personne dans son entourage n'ait remarqué la troublante
ressemblance qui existe entre lui et son nouveau voisin, Alex accepte
mal la présence d'Axel. Un homme avec qui il ne partage absolument
rien. L'homme devient rapidement populaire auprès du voisinage ou de
la directrice de la COGIP
et de ses nouveaux collègues. Et tandis qu'Alex s'enfonce peu à peu
dans un état dépressif, Axel, lui, montre son indéfectible
confiance en lui. Les deux cinéastes développent ici le concept du
double avec une certaine maîtrise en opposant deux hommes
physiquement proches mais qui intellectuellement, professionnellement
et même dans le cadre intime sont totalement différents l'un de
l'autre. Calvitie, taciturnité,
défiance, jalousie et voire même paranoïa d'un côté et charisme,
extraversion, assurance et réussite sociale et professionnelle de
l'autre. De quoi créer une aversion chez Alex qui va doucement mais
assurément se laisser glisser sur la pente de la folie. Si Nicolas
et Bruno s'amusent avec ce ''duo'' parfaitement antinomique, ce qui
pour un long, très long moment ressemblera à une comédie bien dans
l'esprit des deux hommes se transformera peu à peu en une comédie
noire, très noire même, un peu à la manière des œuvres signées
de Jean-Christophe Meurisse, Oranges
Sanguines
et Les
pistolets en plastique...
Plutôt drôle dans un premier temps mais ensuite savoureusement
sinistre dans son dernier acte, Alter
Ego
est de ces comédies trop rares dont l'arrivée subite dans le
paysage français est une vraie bouffée d'air malgré leur
ponctuelle noirceur. À voir...
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