Il y a diverses façons
d'aborder une œuvre telle que The Headless Eyes
de Kent Bateman. Soit par curiosité pour tout objet filmique non
identifié. Soit par rejet pour tout ce qui touche à la dépravation.
Soit par fascination, et ce pour ces mêmes raisons. Celui-là a de
bonnes raisons d'offrir matière à la discussion. Un OFNI
qui l'est moins pour sa saveur de petite production fauchée comme
les blés que pour son approche morbide et amateur de son sujet. Une
thématique qui déjà à l'époque n'innovait déjà plus vraiment
mais dont les charmes sont à ranger du côté crapoteux insufflé
par l'image poisseuse, la réalisation bancale et l'interprétation
habitée de son principal protagoniste. Un sujet autour duquel se
concentre d'ailleurs la totalité du long-métrage. Car ici,
l'enquête policière et les différentes déclarations des médias
semblent être les derniers des soucis du réalisateur, scénariste
et producteur qui signait là son tout premier long-métrage. Une
carrière erratique pour Kent Bateman qui ensuite tournera deux films
d'aventure, cinq épisodes de séries télévisées ainsi que le
drame Bench at the Edge.
Tout ceci en vingt-sept ans de carrière. Le bonhomme ne consacrant
pas davantage de temps à l'écriture de scénarii ou à la
production d’œuvres télévisées ou cinématographiques dont les
mises en scène ne lui étaient d'ailleurs pas toutes destinées. Des
types comme Arthur Malcolm (l'acteur suédois Bo Brundin dont la
sporadique carrière s'étendra jusqu'en 2012), le monde en a connu
un nombre invraisemblable. Rejoint très rapidement par la fiction
qui s'est faite l'écho des exactions d'individus on ne peut plus
inspirés lorsqu'il s'agit de s'en prendre à leurs semblables. Dans
le grand Œuvre qui sert d'exutoire et de dispensaire aux refoulés
qui ne sont jamais passés à l'acte et ont toujours préféré se
délecter des pires horreurs projetées sur petits et grands écrans,
The Headless Eyes
se situe presque très exactement au croisement de deux des œuvres
les plus marquantes de l'histoire du cinéma d'horreur et
d'épouvante. Et pour être plus précis, celles qui mettent en scène
des tueurs en série dont l'usage d'armes diverses et variées ne
souffrent d'aucun manque d'imagination. Six ans auparavant, le pape
du gore Herschell Gordon Lewis imaginait concevoir un film tournant
autour d'un artiste-peintre (Gordon Oas-Heim dans le rôle d'Adam
Sorg) qui dans Color me Blood Red
tuait ses semblables afin de prélever leur sang et ainsi ajouter à
ses œuvres un rouge ''parfait''.
De
son côté, William Lustig créera en 1980 avec Maniac
l'un
des tueurs en série les plus iconiques et les plus flippants du
septième art en la personne de Frank Zito (formidablement incarné
par Joe Spinell. Un individu en proie à de terribles cauchemars dus
à un sérieux complexe d’œdipe qu'il choisissait de résoudre en
tuant principalement des femmes dont il prélevait ensuite les scalps
pour les emmener dans sa sordide tanière et les planter au sommet
des crânes de mannequins d'exposition. Au titre de ces deux
exemples, The Headless Eyes
emprunte au premier sa technique rudimentaire, à base de faux sang
trop épais pour être honnête, de mise en scène bénéficiant de
moyens financiers ridicules et d'une direction d'acteurs déplorable.
Ajouté à cela, un faux hommage à Color me
Blood Red
auquel il emprunte également la profession de son héros, lui aussi
artiste-peintre ! Près d'une décennie avant que Frank Zito ne
vienne hanter les rues nocturnes de New-York pour y assassiner
prostituées et autres représentantes féminines à la cuisse
légère, Artur Malcolm opta bien avant lui pour des méthodes
relativement peu commune. Car si des années plus tard Frank aura
tendance à rentrer à la maison avec dans ses poches des sachets de
plastique transparents renfermant des tribus prélevés à ses
victimes, Arthur aura bien avant lui pensé à faire de même en
ramenant dans son antre, les yeux des siennes. Victime lui-même
d'une énucléation administrée par une femme qu'il tentait deux ans
auparavant d'étrangler, voici que l'on découvre un individu
totalement désaxé, obsédé par la question des yeux et hanté par
on ne sait quelle entité qui s'amuse à lui glisser dans le creux de
l'oreille des mots qui le poussent à agir de manière monstrueuse
envers les femmes. Pour être tout à fait honnête, The
Headless Eyes
est assez mauvais. Bien qu'il remémore de manière relativement
excitante les prémices du gore sur grand écran et que Bo Brundin
est véritablement habité par son personnage, le gros soucis avec le
long-métrage de Kent Bateman se situe surtout aux niveaux de
l'écriture et du rythme. Passée une première demi-heure
satisfaisante, ça n'est pas faire offense au réalisateur et à son
œuvre que de dire qu'ensuite l'on se fait horriblement chier durant
le reste du récit. Notons malgré tout que la bande-son signée d'un
parfait inconnu demeure un modèle d'étrangeté que l'on rangera du
côté de celle de Massacre à la tronçonneuse,
oui, oui. Bref, une curiosité pour tous les amateurs de Serial
Killers
pas trop exigeants...
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