Derrière le très énigmatique titre Andy Warhol's Bad
l'on pourrait croire que se cache une œuvre signée de l'un des plus
célèbres représentants du mouvement artistique Pop
Art
prétentieusement ''surligné'' du nom de son auteur ou d'un
long-métrage lui étant entièrement consacré. Et pourtant, la
présence de son patronyme provient surtout du fait qu'Andy Warhol
fut producteur de ce qu'il est finalement plus commun de nommer sous
le titre beaucoup plus simple et bien moins ''nombrilistique''
de Bad.
Avant de produire cet unique film signé de Jed Johnson dont la
carrière se résuma au montage et à la photographie de quelques
longs-métrages, Andy Warhol finança plusieurs films signés du
cinéaste underground Paul Morrissey dont les plus célèbres
demeurent la trilogie Flesh/Trash/Heat
et le ''diptyque'' horrifique Flesh for
Frankenstein
et Blood for Dracula.
Concernant la seule incartade de Jed Johnon derrière la caméra, Bad
suit
Hazel Aiken (Carroll Baker), une femme d'un certain âge,
propriétaire d'un salon de beauté qui gagne moins de billets vers
en traitant ses patientes par électrolyse qu'en employant de jeunes
femmes dénuées de toute morale afin d'exécuter des contrats visant
à assassiner des individus gênants. Débarque à l'écran l'acteur
Perry
King, plus connu chez nous pour avoir été l'un des personnages
centraux de la série Riptide
entre 1984 et 1986 que pour le rôle qu'il incarne ici. Celui de L.T.
Un véritable parasite qui propose ses services à Hazel et
s'installe dans une chambre à l'étage de l'immeuble appartenant à
la vieille dame alors qu'il n'a pour l'instant pas les moyens de la
payer. Comptant sur ses futurs revenus lorsque celle-ci acceptera de
lui confier un contrat, Hazel se montre pourtant méfiante vis à vis
de cet individu qui passe plus de temps allongé sur le canapé à
regarder des émissions de télévision qu'à l'aider à gagner de
l'argent... Le scénario de Pat Hackett et George Abagnalo ne
s'embarrassant d'aucune morale, les jeunes recrues de Hazel acceptent
tous types de contrats. Allant du meurtre d'un chien appartenant à
un individu considéré de ''déplaisant'' par une voisine jusqu'à
l'assassinat pur et simple d'un bébé autiste dont la mère veut
impérativement se débarrasser ! On croit halluciner et
pourtant, c'est bien de cela dont il s'agit. Le format de Bad
s'avère
relativement étrange puisque intercalés entre divers meurtres dont
celui d'un garagiste dont les membres inférieurs sont broyés, le
film de Jed Johnson est surtout extrêmement bavard. Au point que
l'on se ronge les ongles en attendant que le prochain meurtre
survienne à l'écran. Aussi folle que puisse paraître l'entreprise,
les demandes s'enchaînent les unes derrière les autres...
Et
pourtant, aussi nombreux les contrats apparaissent-ils, leur
exécution se fait relativement rare à l'écran et ce film que
certains affirment être comme étant ''trash'' et versant dans
l'humour très noir ne pas pas aussi loin que la plupart des œuvres
estampillées, au hasard, John Waters. Mais d'une certaine manière,
il est vrai que Bad
est noir. Mais d'un autre côté, le bavardage incessant des
protagonistes désamorce le discours de Jed Johnson qui veut que
derrière l'apparente intégrité morale de nos concitoyens se cache
une âme sombre, perverse, capable de s'adonner aux pires exactions.
À l'origine, le rôle incarné par Caroll Baker devait être
interprété par l'actrice Shelley Winters que l'on vit notamment
dans l'immense chef-d’œuvre de Charles Laughton The
Night of the Hunter
en 1955, Bloody Mama
de Roger Corman en 1970, Le
locataire de
Roman Polanski en 1976 dans lequel elle incarnait le rôle de la
concierge ou encore dans quelques films d'horreur dont
''l'inoubliable'' Gran
Bollito
de Mauro Bolognini dans lequel son personnage assassinait des
individus de son entourage avant de les transformer en savon !
Quant au rôle tenu par Perry King, le chanteur Ricky Nelson avait
tout d'abord été envisagé avant que celui-ci ne refuse de
participer au projet. Personnage assez peu intéressant, L.T passe
son temps à se prélasser, profitant de la ''naïveté'' toute
relative de son hôte. Bon, le film est souvent ponctué de ventres
mous, certes. Mais quelques effusions de sang viennent réveiller le
spectateur endormi. Il faut savoir que Jed Johnson avait en outre
pour projet de tourner une séquence très violente vers la fin du
tournage. Scène dont les principaux interprètes refusèrent le
concept tant elle repoussa les limites de l'immoralité. Pourtant, et
contre l'avis de ses acteurs, le réalisateur finira par la tourner,
repoussant ainsi effectivement les limites de ce que l'on peut
concevoir en terme d'ignominie ! Vous souvenez-vous de cette
femme qui faisait appel aux services de Hazel afin de se débarrasser
de son bébé autiste ? Et bien l'exécution du contrat se
faisant attendre et la mère n'en pouvant plus des hurlements de son
enfant, l'on assiste à une hallucinante séquence de défenestration.
Oui, oui, vous avez bien lu. La mère du bébé le jette par la
fenêtre et en grand pervers, Jed Johnson filme tout. Jusqu'à
l'impact du pauvre petit être de chair au sol ! Dégueu et
définitivement nihiliste !
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