Auteur d'une bonne
cinquantaine de courts et de longs-métrages, le réalisateur et
scénariste japonais Kiyoshi Kurosawa s'est jusqu'à maintenant
investit dans bon nombre de genres puisque son œuvre est un mélange
de drames socio-psychologiques, de thrillers ou de films d'horreur,
signant ainsi des longs-métrages plus ou moins mémorables, tels que
Kyua
en 1997, Sakebi
en 2007 ou Kuriipii
en 2016. Tandis que la production du projet dramatico-historique
Kokurojo
semble achevée, le dernier long-métrage de Kiyoshi Kurosawa a avoir
vu le jour s'intitule Kuraudo
(Cloud).
Un concept qui mêle avec habilité différents courants abordés
jusqu'à maintenant par le cinéaste, lequel les regroupe dans une
œuvre assez étrange, parfois ''pathétique'', voire même
envoûtante. L'intrigue se penche en effet sur Ryosuke Yoshii
(l'acteur Masaki Suda), jeune employé d'une entreprise qui plutôt
que d'accepter la proposition d'avancement de son supérieur Takimoto
(interprété par Yoshiyoshi Arakawa) décide de quitter son métier
pour travailler dans la vente d'objets sur Internet. Trouvant le
filon en achetant avant tout le monde des objets recherchés à un
prix relativement bas en comparaison du prix de vente beaucoup plus
élevé qu'il proposera sur diverses plate-formes de vente en ligne,
Ryosuke s'empare par exemple d'une collection entière de figurines
le jour-même de leur vente. Devenant rapidement riche de millions de
yens, le jeune homme fait pourtant l'erreur un jour de vendre des
sacs imitant une grande marque. Certains acheteurs parmi les plus
mécontents de découvrir qu'ils ont été arnaqués se lancent alors
dans la recherche de l'escroc afin de lui mettre la main dessus...
Démarrant de manière somme toute banale, Kuraudo
n'en
est pas moins fascinant. De la photographie de Yasuyuki Sasaki aux
choix des décors que l'on doit à Norifumi Ataka et Kyoko Matsui et
jusqu'à la discrète bande musicale de Takuma Watanabe (lequel
collabore ici pour la seconde fois avec Kiyoshi Kurosawa après Chime
en 2024), le film se pare d'une ambiance très particulière,
énigmatique, et qui pour l'instant conserve tout son mystère quant
à l’évolution du récit...
Le
script de Kiyoshi Kurosawa se penche en outre sur la technologie
numérique et son emploi à des fins malhonnêtes permettant de se
faire de l'argent de manière facile et relativement rapide. Comme si
le héros, abrité derrière son écran d'ordinateur, n'avait aucun
soucis à se faire. L'écran agissant ainsi comme une frontière
invisible empêchant Ryosuke d'être directement confronté aux
conséquences morales de ses actes tout en étant persuadé d'être
protégé de toute répercussion ! En ce sens, le cinéaste
japonais réussit à faire preuve d'une bonté vis à vis d'un
personnage malveillant même si ses actes auront forcément des
conséquences néfastes pour lui et pour son entourage. Et c'est
justement lorsque les méthodes de Ryosuke arrivent à leur rythme de
croisière que tout bascule. Et plutôt que se tourner vers le
thriller classique dans lequel ceux qui furent dupés par le jeune
homme auraient tout aussi bien pu lui faire un procès ou simplement
lui faire physiquement payer ses crimes, voilà que le script de
Kiyoshi Kurosawa persévère dans la thématique des technologies
numériques modernes en évoquant une vengeance glaçante mais ô
combien révélatrice des maux qui touchent nos sociétés. Le
cinéaste déroule l'idée selon laquelle, le seul moyen de récupérer
leur argent serait pour les victimes de Ryosuke de l'enlever, de le
séquestrer dans une usine désaffectée puis de le torturer à mort,
tout ceci en le filmant et en projetant la vidéo des sévices sur
les réseaux sociaux ! Un tel raisonnement serait-il la promesse
d'une œuvre versant désormais dans le gore décomplexé ? Que
nenni ! En effet, Kiyoshi Kurosawa semble curieusement préférer
revenir au thriller classique, avec fusillades à l'appui. Une
décision assez curieuse, qui évite il est vrai tout voyeurisme mais
qui laisse imaginer en quoi aurait pu se transformer le film si le
réalisateur et scénariste avait choisi de laisser libre cours aux
intentions de cette poignées d'acheteurs très remontés contre
Ryosuke. Reste que Kuraudo
est une œuvre brillante, à l'atmosphère unique, d'où sourd une
angoisse véritablement palpable...

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