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dimanche 26 avril 2026

Kuraudo (Cloud) de Kiyoshi Kurosawa (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Auteur d'une bonne cinquantaine de courts et de longs-métrages, le réalisateur et scénariste japonais Kiyoshi Kurosawa s'est jusqu'à maintenant investit dans bon nombre de genres puisque son œuvre est un mélange de drames socio-psychologiques, de thrillers ou de films d'horreur, signant ainsi des longs-métrages plus ou moins mémorables, tels que Kyua en 1997, Sakebi en 2007 ou Kuriipii en 2016. Tandis que la production du projet dramatico-historique Kokurojo semble achevée, le dernier long-métrage de Kiyoshi Kurosawa a avoir vu le jour s'intitule Kuraudo (Cloud). Un concept qui mêle avec habilité différents courants abordés jusqu'à maintenant par le cinéaste, lequel les regroupe dans une œuvre assez étrange, parfois ''pathétique'', voire même envoûtante. L'intrigue se penche en effet sur Ryosuke Yoshii (l'acteur Masaki Suda), jeune employé d'une entreprise qui plutôt que d'accepter la proposition d'avancement de son supérieur Takimoto (interprété par Yoshiyoshi Arakawa) décide de quitter son métier pour travailler dans la vente d'objets sur Internet. Trouvant le filon en achetant avant tout le monde des objets recherchés à un prix relativement bas en comparaison du prix de vente beaucoup plus élevé qu'il proposera sur diverses plate-formes de vente en ligne, Ryosuke s'empare par exemple d'une collection entière de figurines le jour-même de leur vente. Devenant rapidement riche de millions de yens, le jeune homme fait pourtant l'erreur un jour de vendre des sacs imitant une grande marque. Certains acheteurs parmi les plus mécontents de découvrir qu'ils ont été arnaqués se lancent alors dans la recherche de l'escroc afin de lui mettre la main dessus... Démarrant de manière somme toute banale, Kuraudo n'en est pas moins fascinant. De la photographie de Yasuyuki Sasaki aux choix des décors que l'on doit à Norifumi Ataka et Kyoko Matsui et jusqu'à la discrète bande musicale de Takuma Watanabe (lequel collabore ici pour la seconde fois avec Kiyoshi Kurosawa après Chime en 2024), le film se pare d'une ambiance très particulière, énigmatique, et qui pour l'instant conserve tout son mystère quant à l’évolution du récit...


Le script de Kiyoshi Kurosawa se penche en outre sur la technologie numérique et son emploi à des fins malhonnêtes permettant de se faire de l'argent de manière facile et relativement rapide. Comme si le héros, abrité derrière son écran d'ordinateur, n'avait aucun soucis à se faire. L'écran agissant ainsi comme une frontière invisible empêchant Ryosuke d'être directement confronté aux conséquences morales de ses actes tout en étant persuadé d'être protégé de toute répercussion ! En ce sens, le cinéaste japonais réussit à faire preuve d'une bonté vis à vis d'un personnage malveillant même si ses actes auront forcément des conséquences néfastes pour lui et pour son entourage. Et c'est justement lorsque les méthodes de Ryosuke arrivent à leur rythme de croisière que tout bascule. Et plutôt que se tourner vers le thriller classique dans lequel ceux qui furent dupés par le jeune homme auraient tout aussi bien pu lui faire un procès ou simplement lui faire physiquement payer ses crimes, voilà que le script de Kiyoshi Kurosawa persévère dans la thématique des technologies numériques modernes en évoquant une vengeance glaçante mais ô combien révélatrice des maux qui touchent nos sociétés. Le cinéaste déroule l'idée selon laquelle, le seul moyen de récupérer leur argent serait pour les victimes de Ryosuke de l'enlever, de le séquestrer dans une usine désaffectée puis de le torturer à mort, tout ceci en le filmant et en projetant la vidéo des sévices sur les réseaux sociaux ! Un tel raisonnement serait-il la promesse d'une œuvre versant désormais dans le gore décomplexé ? Que nenni ! En effet, Kiyoshi Kurosawa semble curieusement préférer revenir au thriller classique, avec fusillades à l'appui. Une décision assez curieuse, qui évite il est vrai tout voyeurisme mais qui laisse imaginer en quoi aurait pu se transformer le film si le réalisateur et scénariste avait choisi de laisser libre cours aux intentions de cette poignées d'acheteurs très remontés contre Ryosuke. Reste que Kuraudo est une œuvre brillante, à l'atmosphère unique, d'où sourd une angoisse véritablement palpable...

 

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