Après un Poppers
sans intérêt aucun perverti par un langage visuel des plus
rédhibitoire, allons donc nous ressourcer du côté des ''Pycho
Killer Films''
avec Freeway
(Le tueur de l'autoroute)
de Francis Delia. Un nom qui s'il ne signifie probablement pas grand
chose pour bon nombre d'entre nous s'avère pourtant fort évocateur
puisqu'il n'est rien moins que celui partagé par le compositeur
attitré du réalisateur et scénariste Abel Ferrara, Joe Delia.
Parmi la quantité de longs-métrages dont il a assuré la
composition des bandes musicales, ce dernier a en effet notamment
travaillé sur les géniaux Ms .45,
The King of New York,
Bad Lieutenant
et The Addiction.
Quittant ainsi régulièrement sa ''zone de confort'' comme à
l'occasion de cette petite production horrifico-policière qui aurait
tout aussi bien pu être l'adaptation cinématographique d'un
authentique fait-divers bien que le script de Francis Delia et Darrel
Fetty s'inspire en réalité du roman éponyme de la productrice,
scénariste et romancière Deanne Barkley qui chez nous vit le jour
sous le titre Libres
Sévices chez
Gallimard
en 1979... Un type rôdant la nuit, à bord de sa voiture,
soliloquant et assassinant généralement ses victimes à l'aide d'un
flingue, cela aurait pu nous rappeler quelques bribes du glauquissime
Maniac de
William Lustig ou du tout aussi malaisant Henry,
Portrait of a Serial Killer
de John McNaughton, mais il n'en est rien. Loin d'être aussi
dérangeant et bien que doté d'un script qui n'est pas moins
linéaire que ses cultissimes concurrents, Freeway
a tout de même quelques soucis à se faire s'agissant des réactions
du public à son sujet car quoi que le regard de Billy Drago
reconnaissable entre tous puisse bercer l'imaginaire du spectateur en
invoquant de profonds troubles psychiatriques chez son personnage, le
peu d'intensité de l'incarnation entre en totale contradiction avec
la torpeur que nous pourrions éprouver devant ces gros plans cachant
mal l'identité de l'assassin...
Si
des dizaines, des centaines voire des milliers d’œuvres
télévisuelles et cinématographiques comparables à ce petit
long-métrage dénué d'ambitions réelles n'arrangent en rien sa
situation, c'est surtout que Freeway
ne nous emporte jamais au-delà de la confortable place de ''téléfilm
du dimanche après-midi'' qu'il semble revendiquer. Principalement
incarné par Darlanne Fluegel dans le rôle de Sarah Harper et James
Russo dans celui de Frank Quinn, l'un et l'autre de ces deux
personnages ont connu un drame. Ancien flic, Frank est rentré un
jour chez lui pour trouver les corps de sa femme et de sa fille
étendus sur le sol. Quant à l'infirmière Sarah, l'arrivée au
service des urgences de la nouvelle victime du Tueur
de l'autoroute
lui rappelle une fois de plus que l'homme qu'elle aimait fut l'un des
premiers à mourir sous les balles de cet insaisissable meurtrier...
L'approche artistique post-moderne (pour l'époque) de Francis Delia
épouse une forme qu'adopta (PAR LE PLUS GRAND DES HASARDS, N'EST-CE
PAS?) Abel Ferrara durant une grande partie de sa carrière. Mais le
frère du compositeur qui signe ici une bande musicale très
classique n'étant pas le plus remarquable des artistes à mettre en
scène cet état de déchéance civilisationnelle représentée par
une police inactive et par la présence presque viscérale de la
violence, Freeway
conforte l'idée selon laquelle le mimétisme ne fonctionne ici pas
du tout. Le génie en moins, la mise en scène et la direction
d'acteurs s'en ressentent et le long-métrage de Francis Delia est
loin d'évoquer les grandes figures de la criminalité
cinématographiques imprimées à l'époque sur pellicule. C'est mou
sans être totalement indigeste. Long sans être interminable. Joué
sans être totalement ''incarné''. De la photographie de Frank Byers
en passant par les décors d'Archie D'Amico et D.A. Metrov et
jusqu'au montage de Philip Sgriccia, Freeway
souffre à vrai dire d'une flemme généralisée qui ne lui permet
jamais de s'extraire du carcan où d’innombrables objets filmiques
du genre se sont malheureusement tous engouffrés. En résulte une
œuvre insignifiante dont nous aimerions pourtant pouvoir sauver
quelques artefacts. Mais en vain...

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