Shuang Tong (Double
Vision)
du réalisateur et scénariste taïwanais Kuo-Fu Chen, c'est un peu
comme les barquette de 900 grammes de morceaux de poulet jaune ou
blanc de la marque Carrefour.
D'un côté, vous avez un script alléchant, qui rappelle les plus
belles heures des aventures de Dana Scully et de Fox Mulder de la
série de science-fiction X-Files
et de l'autre, l'image tout aussi appétissante de dos de poulets
recouverts d'une large bande de peau que vous rêvez déjà de faire
griller à la rôtissoire avant de les dévorer. Sauf que ben, la
dernière fois que j'ai passé ma commande, je m'suis dis que
j'allais pas la jouer ''petit bras'' en réservant deux barquettes
pour une livraison dès le lendemain matin à 7 heures ! Quelle
ne fut pas ma déception de voir que le contenu était
essentiellement constitué de deux dos de poulets seulement pour une
quinzaine de pilons ! Il faut savoir une chose :
j'abhoooorre totalement les pilons. Vous enlevez l'os central, les
tendons, le cartilage, que reste-t-il ? Pas grand chose à
se mettre sous la dent ! Bref, si je compare cette malheureuse
expérience à Shuang Tong,
c'est à peu près pour les même raisons. Alors que le film promet
de belles perspectives en matière de thriller et de ''phénomènes''
relativement peu anodins, le long-métrage de Kuo-Fu Chen se termine
sous la forme d'une douche froide prise en plein hiver. Imaginez :
l'inspecteur taïwanais Huang Huo-tu enquête sur une série de trois
meurtres ayant eu lieu dans d'étonnantes circonstances. Première
victime : le PDG d'une entreprise est découvert assis derrière
son bureau, raide mort. Jusque là, rien d'incroyable. Ce qui l'est
par contre davantage, ce sont les circonstances de son décès.
D'après le médecin légiste, l'homme s'est noyé ! Seconde
victime : une femme alerte les pompiers en raison d'un incendie
qui s'est déclaré dans son appartement. À leur arrivée, ce
dernier est dans un état impeccable.
Nulle
trace d'incendie. Pourtant, au sol, gît la propriétaire dont
l'apparence externe ne montre aucune trace de brûlures alors que
selon ce même médecin légiste, celle-ci est morte brûlée !
Enfin, troisième victime, un homme est retrouvé chez lui allongé
dans son lit, une large cicatrice sur le ventre. Au sol, un seau
contenant les graisses qui recouvraient jusque là ses intestins est
découvert. Après autopsie, le médecin légiste déclare que les
entrailles de la victimes ont été scrupuleusement nettoyées avant
d'être remises à leur place à l'intérieur de l'abdomen !
Ouais, ça donne furieusement envie de découvrir quels sont les
tenants et les aboutissants de ce triple mystères dont deux semblent
difficilement envisageable sous un autre angle que celui du
surnaturel. Incarné par l'acteur Tony Leung Ka-fai, l'inspecteur
Huang Huo-tu est donc chargé de l'enquête. Et malgré les conseils
d'un collègue qui lui dit de se méfier, celui-ci prend à cœur de
résoudre cette affaire. Mais comme les autorités taïwanaises ne
paraissent pas croire en une résolution heureuse du mystère qui
entoure les trois morts, la direction demande de l'aide au FBI.
C'est ainsi que le célèbre Bureau fédéral d'Investigation
américain qui sur le plan de la fiction avait notamment chargé en
1991 la jeune recrue Clarice Starling (Jodie Foster) d'enquêter sur
un tueur en série surnommé Buffalo Bill (excellent Ted Levine) dans
Le silence des agneaux
de Jonathan Demme envoie désormais l'inspecteur Kevin Richter dont
la spécialité est justement d'enquêter sur les tueurs en série.
D'ailleurs, lors de sa découverte à l'écran, on le voit tout
d'abord donner un cours de profilage à de jeunes étudiants au sujet
d'une série de meurtres qui aurait pu servir de matière première à
un passionnant thriller !
Cet
américain qui ne parle absolument pas la langue du pays dans lequel
il vient de mettre les pieds en dehors de quelques phrases apprises
par cœur est incarné par l'acteur David Morse.Un habitué des
seconds rôles que l'on a pu voir sur petit et grand écran et dont
les fans de l'écrivain Stephen King connaissent et apprécient pour
l'avoir découvert dans le long-métrage La ligne
verte
de Frank Darabont en 1999 et à travers le téléfilm Les
Langoliers
en 1995. S'inscrivant quelque peu dans cette même tradition des
œuvres policières qui font se télescoper deux cultures différentes
comme cela fut notamment le cas en 1989 avec Black
Rain de
Ridley Scott, Kuo-Fu Chen intègre donc à son sujet un flic
américain au cœur d'un pays et d'une population dont il ne connaît
pas les codes. Mais Shuang Tong
n'étant pas non plus une étude de mœurs, le film se rapproche
parfois davantage du Buddy
Movie
à la manière de L'arme fatale
de Richard Donner mais sans l'humour qui caractérisait si bien le
duo formé à l'époque par Mel Gibson et Danny Glover. L'on aura
tout de même droit à quelques sympathiques séquences
''domestiques'' situées dans l'appartement du flic taïwanais.
L'occasion de faire connaissance avec son épouse Ching-fang
(interprétée par la très jolie Rene Liu) lors d'un dîner
rappelant donc celui qui réunit les inspecteurs Roger Murtaugh et
Martin Riggs dans L'arme fatale.
Ou pour ceux qui préfèrent le mélange entre science-fiction et
policier, le repas offert par Tom Beck (Michael Nouri) et son épouse
à ''l'agent du FBI''
Lloyd Gallagher (Kyle MacLachlan) dans le formidable Hidden
de Jack Sholder en 1987. Fascinant durant un temps mais virant à
l'eau de boudin en plein récit, l'enquête est menée d'un côté du
miroir comme de l'autre (ou derrière et devant la caméra) avec une
ambition largement revue à la baisse. La mécanique se grippe dès
l'évocation d'une secte mais plus encore lorsque intervient un
semblant d'élément fantastique. Au final, l'on sort de l'expérience
plutôt déçu. Même si quelques fulgurances viennent parfois
appuyer le propos. Comme cet accouchement qui ouvre les hostilités,
ce double meurtre-suicide plutôt graphique et original, ce bain de
sang survenant dans le repaire de la secte ou ce très joli moment
qui survient lors du final...
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