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samedi 10 mai 2025

Julien Donkey-Boy de Harmony Korine (1999) - ★★★★★★★★★★



Image dégueulasse, sans artifices. Filmées en 35mm, caméra à l'épaule. Lumière naturelle, scènes improvisées. Pour son second long-métrage, le cinéaste américain Harmony Korine s'impose les limites édictée par le Dogme95 créé par Lars von Trier et Thomas Vinterberg. Des contraintes artistiques drastiques opposant un style cru et réaliste totalement contraire de l'approche outrancière des superproductions anglo-saxonnes. Le style peut agacer mais bon sang, que Julien Donkey-Boy est réjouissant. Harmony Korine n'a pourtant pas eu d'effort particulier à fournir pour se plier aux exigences du Dogme95 puisqu'il ne fait qu'affiner une attitude qu'il peaufinait déjà deux ans auparavant avec son premier effort, Gummo.
Du désordre ayant découlé d'une catastrophe dont ses héros ne parvinrent pas à se remettre plus de vingt ans plus tôt, cette fois-ci, le cinéaste s'intéresse au cadre plus étriqué d'une cellule familiale qui ne se jamais remis de la mort de l'un de ses membres. Ici, la mère, qui après avoir donné naissance au petit dernier maintenant âgé d'une quinzaine d'années, est morte à l’hôpital. Laissant ainsi derrière elle un époux, que le génial cinéaste allemand Werner Herzog incarne avec beaucoup d'humilité et de retenue. Un être fragile, dépressif et atteint de trouble affectifs très étranges. Face à lui, une fille et deux fils. Pearl (l'actrice Chloë Sevigny) est enceinte. Refusant de donner le nom du père de son futur enfant lors d'une échographie de routine (Harmony Korine laissant envisager le pire concernant l'identité de celui-ci lors de l'un des nombreux passages constitués d'une succession de photographies), la jeune femme est particulièrement proche de son frère Julien. Chris, lui, demeure totalement obnubilé par son sport favori, la lutte. Compétiteur né, il passe son temps à s'entraîner tout en supportant les interminables quolibets de son père. Tout laisse supposer que le conflit qui les oppose découle de la mort de la mère durant l'accouchement de Chris.


Julien, lui, est schizophrène. Porté par sa sœur qui lui voue un attachement sans égal, le jeune garçon fréquente une institution pour aveugles et consacre une partie de son temps à Dieu. Perdu dans ses pensées, Julien est un être solitaire qui divague et tient des propos souvent incohérents. Afin d'incarner ce rôle délicat, Harmony Korine fait appel à l'acteur britannique Ewen Bremner. Celui qui se fit connaître grâce au Trainspotting de Danny Boyle trois ans plus tôt ne fait pas qu'interpréter le rôle-titre. Il ne fait d'ailleurs pas que l'incarner : il EST Julien. Totalement habité par son personnage, il faut presque obligatoirement connaître Ewen Bremner l'acteur pour imaginer un seul moment qu'il puisse s'agir d'un véritable acteur et pas seulement d'un individu atteint de schizophrénie que le cinéaste aurait rencontré et engagé sur le tournage de son second long-métrage.


De bout en bout, Julien Donkey-Boy véhicule une émotion sans égale. Du malaise que la rencontre avec des êtres différents pourrait générer chez certains d'entre nous jusqu'à l'admirable interprétation de son principal interprète, le film d'Harmony Korine porte en lui une poésie naïve et troublante et les germes d'un cinéma-vérité sans concessions. Sorti des contingences esthétiques de la majorité des productions actuelles, il n'en surgit alors que l'essentiel : La substantielle moelle de ce qui fait de certains GRANDS films, des CHEFS-D’ŒUVRE intemporels. Julien Donkey-Boy est l'exemple même du long-métrage que l'on rejette en bloque ou que l'on honore des superlatifs les plus élogieux. On ne peut toutefois demeurer insensible devant la tragédie qui touche cette famille d'américains moyens auquel le cinéaste rend un hommage beau et cinglant à la fois...

1 commentaire:

  1. Ce nom me disant quelque chose, je suis allé vérifier : il a écrit les paroles de la chanson "Harm of will" de Björk (que je n'écoute plus), sur l'album "Vespertine".

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