Avec Abbott and
Costello go to Mars,
on change de décennie et l'on se retrouve directement projetés en
1953. On change également de registre par rapport aux deux
longs-métrages précédemment chroniqués puisqu'ici, il ne s'agit
plus de fantastique ou d'épouvante mais de science-fiction. Notons
que le titre français prend des libertés avec l'original puisque de
la planète rouge, nous passons à la seconde la plus proche du
soleil. En effet, nos deux nigauds préférés ne se rendent plus sur
Mars mais sur la planète Vénus dans sa traduction hexagonale, Deux
Nigauds chez Vénus !
C'est encore un Charles qui met en scène le duo de comiques
américains mais dans le cas présent, il ne s'agit plus Charles...
Barton mais de Charles... Lamont. Durant une dizaine d'années, le
réalisateur tournera une somme astronomique de courts-métrages
avant de réaliser en 1934 son tout premier long format, le drame The
Curtain Falls.
Les quatre années suivantes oscilleront entre courts et
longs-métrages avant qu'il n'abandonne les premiers pour se
concentrer sur les seconds jusqu'en 1956, à la suite de quoi,
Charles Lamont ne tournera plus que pour le petit écran. Durant une
carrière de metteur en scène riche et constituée de plus de
deux-cent cinquante courts et longs-métrages ainsi que d'épisode de
séries télévisées, le réalisateur tournera une dizaine de films
aux côtés de Bud Abbott et Lou Costello dont Bud
Abbott and Lou Costello Meet the Invisible Man
en 1951 ainsi que Abbott and Costello Meet Dr.
Jekyll and Mr. Hyde
deux ans plus tard. Changement de programme donc pour nos deux
comiques, s'intéressant pour semble-t-il la seule fois de leur
carrière en commun à la science-fiction...
Le long-métrage voit Bud Abbott et Lou Costello se retrouver à bord
d'une fusée en partance pour la planète Mars. Du moins le
croient-il alors qu'en réalité, et après avoir fait toute une
série de (trop longues) pirouettes dans le ciel à bord de l'engin,
l'appareil fini par atterrir à la Nouvelle-Orléans. Interloqués
par les individus qu'ils croisent en chemin, les deux hommes ne se
doutent pas qu'ils viennent d'atterrir au beau milieu d'un carnaval.
Ce qui tombe assez bien puisque l'un et l'autre, croyant être au
contact des martiens et affublés de combinaisons spatiales, vont
pouvoir se fondre dans la foule sans se faire remarquer. Mais alors
qu'il décident d'aller manger un morceau dans un restaurant, les
fugitifs Harry et Mugsy (respectivement interprétés par Jack
Kruschen et Horace McMahon) trouvent la navette à l'intérieur de
laquelle ils s'emparent de deux autres combinaisons ainsi que de
pistolets laser qui auront la faculté de figer sur place ceux qui en
seront les victimes. Et en premier lieu, les employés d'une banque
de la ville où a lieu le carnaval dont ils sont déterminés à
vider les coffres. Vêtus de leur combinaison spatiale et les
informations reléguant le braquage qui vient d'avoir lieu,
L'orphelin Orville (Lou Costello) et le laborantin Lester (Bud
Abbott) qui dînent toujours au restaurant vont être confondus avec
les deux criminels, lesquels vont en outre s'emparer de la fusée et
faire des deux innocents leurs otages. Direction, la planète Mars.
Et l'on comprend alors pourquoi le titre français à choisi de
changer la destination de nos deux comiques, victimes de
l'incompétence de l'un et de l'agacement de l'autre...
On
ne mettra pas Abbott and Costello go to Mars
de Chales Lamont entre toutes les mains puisque vue la tournure que
prennent aujourd'hui les événements, certains s'arc-boutant sur des
principes qu'ils considèrent fondamentaux risqueraient d'apprécier
le harcèlement physique dont est victime le personnage qu'incarne
Lou Costello pour de la Grossophobie.
Il est vrai qu'en général, les personnages qu'il interprète ont
tendance à s'en prendre non seulement plein la gueule sur leurs
faibles facultés psychologiques mais sur leur embonpoint également.
Un détail qui n'a pas l'air de déranger le comique qui ne se
résigne jamais à innover dans le plus pur style qui est le sien
entre gestuelle, mimiques et cris suraigus. Ceux qui aiment
continueront d'apprécier tandis que ceux qui détestent persisteront
à passer leur chemin. Si l'idée du carnaval est plutôt bonne et
permet à nos deux héros de se confondre avec les festivaliers, le
phénomène d'apesanteur est ici traité de manière étonnante.
Outre le fait qu'à l'intérieur de la fusée le moindre objet se
déplace logiquement dans les airs, la voix des prota(anta)gonistes
est modifiée. Ralentie pour une raison qui nous échappe. On se
demande en général rarement qui de Costello ou Abbott est le plus
nigaud des deux mais la frontière est ici plus étroite que jamais.
Bud Abbott conserve cependant un net avantage intellectuel même si
son emportement a comme d'habitude des conséquences néfastes. On ne
change pas un style qui fonctionne et si dans le cas présent il
s'agit de science-fiction, l'humour n'est pas à la traîne. On aura
de plus droit à la visite de la planète Vénus à la surface de
laquelle vit une population d'amazones. Un concept qui sera repris à
deux occasions au moins à la fin des années cinquante à travers
Missile to the Moon
d'Arthur Hilton et ses habitantes toutes de sexe féminin et au teint
bleuté (l'on apprend en outre que des grottes y renferment une
atmosphère respirable) et Queen Of Outer Space
d'Edward Bernds dans lequel la planète Vénus est dirigée par une
reine cruelle du nom de Yllana (l'actrice laurie Mitchell) !
Kitsch, voilà ce qui ressort en priorité de ce Abbott
and Costello go to Mars qui
ne fait pas partie de ce qu'ont produit de meilleurs les deux
artistes comiques...
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