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vendredi 25 mars 2022

Ilargi Guztiak d'Igor Legarreta (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

À l'issue de la troisième Guerre Carliste s'étant étendue sur cinq ans, la jeune Amaia (l'actrice Haizea Carneros dont il s'agit ici de la première interprétation) essuie un bombardement auquel elle est la seule à survivre. Croulant sous les ruines du pensionnat qui l'abritait jusqu'ici, elle est sauvée in-extremis par une femme étrange qui la soigne de ses blessures d'un ''baiser'' et l'emmène avec elle rejoindre sa petite communauté formée de femmes et d'hommes qui tous semblent craindre d'être assaillis par les habitants de la région. Et c'est en effet ce qui se produit le jour où, enfermés dans une grange, des individus débarquent torches et fusils à la main afin de les déloger et de les tuer. Amaia parvient cependant à s'échapper auprès de sa protectrice mais se retrouve rapidement isolée dans les bois peu de temps après. S'approchant une nuit d'orage de la demeure d'un berger et se retrouvant clouée au sol par un piège qu'il a lui-même installé, celui-ci l'accueille et lui offre le gîte et le couvert... Le réalisateur espagnol Igor Legarreta ne fait pas grand mystère bien longtemps de sa jeune héroïne qui semble être la victime d'un mal qui l'empêche de s'exposer au soleil. Encore moins lorsque la gamine paraît ne vouloir se nourrir que de sang frais. Typiquement le sujet que l'on s'attend à découvrir dans l'évocation de l'un des plus célèbre mythe du cinéma fantastique : le vampire !


Alors qu'il a remporté le Prix du public et du meilleur réalisateur à la dernière édition du Fantasia Film Festival, le second long-métrage du réalisateur espagnol Igor Legarreta Ilargi Guztiak (Todas las Lunas) s’imprègne de l'esprit fangeux de certains écrits mettant en avant ces créatures de la nuit aux dents longues et pointues. Au-delà de toute autre considération, ce qui saute d'abord aux yeux du spectateur, c'est la beauté des images. Le directeur de la photographie Imanol Nabea (qui participa notamment au tournage du formidable La Piel que Habito de Pedro Almodóvar) et le directeur artistique Mikel Serrano œuvrent pour offrir au film une âme véritable. Un cadre paysan, au sortir d'une guerre qui se termine en 1876 par la conquête d'Estella, capitale carliste située au Nord de l'Espagne, le loup s'installe dans le bergerie. Igor Legarreta nous mijote une ambiance feutrée uniquement éclairée à la bougie et au feu de cheminée. Une relation touchante également, entre ses deux principaux personnages même si l'on craint que l’appétit d'Amiai puisse prendre le dessus sur sa nouvelle amitié avec Candido, ce berger qu'interprète l'acteur basque Josean Bengoetxea. Ilargi Guztiak s'éloigne du vampirisme urbain qui ponctuellement s'installe dans le paysage fantastico-horrifique (The Addiction d'Abel Ferrara et sa proximité avec le SIDA, les formidables Låt den Rätte Komma in de Tomas Alfredson et son remake américain Let Me In signé deux ans plus tard par Matt Reeves ou encore le jeune afro-américain de Tranfiguration de Michael O'Shea en 2017)...


''Aucun démon n'a peur. Aucun démon n'a ton sourire...''


Le réalisateur et son scénariste Jon Sagalá plongent leurs ''héros'' à la fin d'une guerre qui derrière elle a laissé de profondes blessures. Tourné dans des décors naturels basques d'une beauté renversante symbolisés par les cours d'eau, les forêt où les vieilles bâtisses elles-mêmes, Igor Legarreta représente le Bien et le Mal sous des atours particulièrement étonnants. D'un côté, le lait représente le Bien tandis que le Mal, lui, est évidemment matérialisé par le sang, liant ainsi celui versé par les victimes de la guerre et à laquelle certains actes renvoient directement. Ilargi Guztiak évoque la ruralité, ses habitants et les légendes qu'ils véhiculent. Traité à hauteur d'enfant, l'esprit du jeune vampire n'a pas encore tout à fait eu le temps d'être corrompu et Amaia telle une gamine de douze ans se repaît des animaux de basse-cour. Bien que le sujet ne s'y prête pas forcément et que le film ne parviennent pas toujours à atteindre les cimes du chef-d’œuvre Låt den Rätte Komma in, son auteur parvient tout de même à signer une œuvre toute faite de sensibilité où les ruptures de ton subites créent tout un panel d'émotions qui se bousculent. Figure ce sentiment d'être ballotté d'un émoi à un autre, la séquence de la ruche précédant celle où l'on apprend que Candido a perdu sa fille et depuis vivait reclus chez lui jusqu'à l'arrivée d'Amaia. Touchant parfois au cœur, la musique du compositeur et instrumentiste français Pascal Gaigne n'y est sans doute pas étrangère. Une certitude, une fois découvert, Ilargi Guztiak demeurera sans doute comme l'une des plus belles expériences en matière de vampirisme sur grand écran...

 

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