mardi 1 mai 2018

La Chispa de la Vida d'Alex de la Iglesia (2012) - ★★★★★★★☆☆☆



En 2012, le cinéaste espagnol Alex de la Iglesia revenait à la réalisation avec La Chispa de la Vida. L'histoire de Roberto, agent publicitaire au chômage qui après avoir vainement tenté de retrouver du travail décide de ne pas directement rentrer chez lui et se rend à l'hôtel où sa femme Luisa et lui ont passé leur lune de miel. Mais l'établissement n'existe plus. A la place, Roberto y découvre un site de fouilles archéologiques. Surpris par un agent de surveillance, il prend la fuite mais est victime d'un accident. Après une chute de plusieurs mètres, le voici désormais allongé au sol, une barre de fer enfoncée dans le crâne. Immobilisé, il attire malgré lui les autorités, la presse, ainsi que le public. Bientôt, Roberto devient l'attraction principale du pays et l'enjeu de médias ne reculant devant rien pour obtenir l'exclusivité de l'événement...

Avec un sujet aussi fort, deux possibilités s'offrent au cinéaste Alex de la Iglesia. Soit il choisi de demeurer aussi mordant qu'à son habitude, soit il décide au contraire d'aborder le récit avec beaucoup plus de sérieux. C'est cette seconde option que choisit l'espagnol en mettant en scène ce héros ordinaire, victime d'un accident extraordinaire, passant en quelques heures du mari et père de famille dont tout le monde ou presque se fiche, au personnage central d'une intrigue dramatique si forte qu'un pays tout entier va être tenu en haleine. Pour une fois, les occasions de rire se font rares. Alex de la Iglesia fait preuve d'une sensibilité rare et explore les liens rattachant un individu aux membres de sa famille. Mais pas seulement, car fidèle à lui-même, le cinéaste s'en prend avec un regain de férocité aux médias en dressant des portrait de journalistes, d'animateurs, et même plus loin d'agents et de directeurs d'entreprises, rarement glorieux. L'audimat, l'argent et la mort éventuelle de Roberto (l'excellent José Mota) étant au centre de la problématique, la victime et ses proches doivent faire face aux vautours tout en évoquant la possibilité que l'homme puisse mourir de ses blessures. Un choix cornélien auquel Roberto ne réfléchira pas longtemps avant de prendre sa décision. L'accident devient alors un moyen de pression et une issue possible contre le sort s'acharnant sur un chômeur ne parvenant pas à trouver du travail depuis deux ans. De quoi satisfaire le public, les médias, et même sa famille qui au final se retrouverait à l'abri du besoin.

Les politiques en prennent pour leur grade. L'importance n'étant plus de sauver la vie d'un homme mais d'évoquer les conséquences d'un tel drame. Le président et le maire de Cartagena, la directrice du site de fouilles archéologiques, l'animateur de l'émission de télé-réalité la plus populaire du pays, l'incompétence du corps médical, Alex de la Iglesia liste sans ménagement tous les corps de métiers entrant dans des conflits d'intérêts. A part quelques rares exemples (le gardien de la sécurité, la jeune journaliste) il n'y a guère que les proches de la victime pour faire montre d'une réelle humanité. Dans la peau de l'épouse, on retrouve l'actrice mexicano-libano-américaine Salma Hayek et dans celle de David Solar, le fidèle Santiago Segura, méconnaissable.
La Chispa de la Vida est une très belle réussite, son auteur change d'humeur tout en conservant son appétit pour la critique sociale. Superbement interprété, le long-métrage est parfois réellement bouleversant...

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