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vendredi 9 octobre 2026

La ville des silences de Jean Marbœuf (1979) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Voilà un bien curieux polar à la française, typique du cinéma hexagonal de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt. Réalisé et écrit par Jean Marbœuf, cinéaste que les amateurs de cinéma d'horreur connaissent pour avoir fait parler de lui en 1986 avec la comédie (G)horrifique intitulée Grand Guignol, l'homme signe en 1979 avec La ville des silences une œuvre aussi étrange que puisse l'être son titre. L'action se situe dans la ville imaginaire de Creuzeville. Une petite bourgade de province tenue par la famille d'industriels Mahu dont le patriarche vient tout juste de rendre l'âme après s'être pris une balle en pleine tête. Notons le cynisme avec lequel Jean Marboeuf tourne cette séquence. Tandis qu'une balle traverse une vitre pour terminer sa course à l'intérieur du crâne du vieil homme, un travelling arrière montre six secrétaires-dactylographes tapant si fort sur leur machine à écrire qu'elles couvrent le bruit de l'impact. Cette scène, aussi tragique qu'amusante révèle en un seul plan le ton du film dans sa globalité. Car si La ville des silences est effectivement un polar, son auteur traite le sujet non sans ironie mêlée d'un certain degré d'insolence. Pour autant, et aussi légère que puisse être l'enquête menée par le détective privé homosexuel et végétarien Paul Briand (Jean-Pierre Cassel), le sujet du film est grave. Dans un contexte qui le rapproche du cinéma de Claude Chabrol, avec ce petit village provincial et cette bourgeoisie dominante que le cinéaste n'avait de cesse que de démonter, Jean Marboeuf décrit une bourgade sous la coupe d'une famille contrôlant la mairie, l'industrie ou encore le journal local. Lorsque le PDG meurt, ses subalternes s'inquiètent. D'autant plus que l'un après l'autre, ils reçoivent tous des lettres de menaces anonymes. Enquêtant sur l'affaire, Paul Briand se frotte aux habitants de Creuzeville. Du chômeur (Jean-Marc Thibault) au plus haut responsable de l'entreprise, Nathan Fairjacque (Michel Galabru) en passant par le très poltron François Lestin (Michel Duchaussoy). Sans oublier quelques personnalités féminines, comme l'épouse de Fairjacque, Muriel (Claire Maurier), la compagne de François Lestin (interprétée par Evelyne Buyle), Julie (Amélie Prévost) ou encore la prostituée (Maitena Galli)...



Difficile de prendre le récit au premier degré malgré les cadavres qui s'empilent. Pourtant, Jean Marboeud traite de sujets aussi sérieux que le contrôle de la justice, de l'économie et de la police par le PDG de l'entreprise locale. On pourrait également rapprocher le film du style si particulier de Jean-Pierre Mocky qui durant ses heures de gloire dispensa lui-même quelques brûlots contre la bourgeoisie, le Gouvernement et d'autres types d'autorités ! Le directeur de la photographie Ken Legargeant imprime à la pellicule des teintes fades en dénaturant les couleurs d'origine d'un village déjà pas très encourageant d'un point de vue architectural. Et comme le précise la voix-off au début de l'histoire, lorsque à Creuzeville, rien ne va, il se met à pleuvoir. Et la pluie, il va y en avoir beaucoup dans ce village terne et triste et dont les notables sont tous plus ou moins corrompus et d'une lâcheté crasse ! Il suffit d'ailleurs de voir l'attitude totalement détachée vis à vis des meurtres de la seule autorité officielle en la personne du commissaire qu'incarne Pierre Doris pour s'en convaincre. Si la bande-son apporte énormément au statut de bizarrerie du long-métrage, c'est bien grâce à la partition du compositeur allemand Karl-Heinz Schäfer réputé pour ses composition atypiques. Aux côtés de Jean-Pierre Doering il signe ici effectivement une musique étrange, décalée et parfois minimaliste au point de ne tenir que sur une seule note durant les moments de tension. Du côté des anecdotes, il en est une qui s'avère assez savoureuse. En effet, lors du montage du film réalisé par Anne-France Lebrun et auquel assista le producteur, ce dernier désapprouva le choix de l'assassin et la noirceur du dénouement. Il refusa alors l'accès à la salle de montage au réalisateur afin de monter le film selon ses propres choix. Voulant conserver le long-métrage tel qu'il l'avait conçu, Jean Marboeuf escalada le toit du bâtiment parisien qui renfermait les studios de montage afin de dérober les bandes et ainsi monter La ville des silences tel qu'il l'avait imaginé...

 

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