On ne remerciera jamais
assez Eli Roth d'avoir œuvré et de poursuivre d'ailleurs encore
aujourd'hui, la voie du cinéma d'horreur. Même s'il se laisse
parfois aller à quelques légèretés que nous n'aurons pas
l'outrecuidance de lui reprocher. Des dates importantes, comme
l'année 2002 avec son très épidermique Cabin Fever
qui à n'en point douter provoqua probablement un taux de malaises
viscéraux chez les personnes atteintes d'hypocondrie assez
important. Ou 2005 et 2007, lorsqu'il repoussa certaines limites du
Torture Porn auquel il offrit certaines de ses lettres de noblesse
avec Hostel et
Hostel 2.
Ou 2013, année où il proposa avec Green
Inferno,
une relecture du film culte du cinéaste italien Ruggero Deodato,
Cannibal Holocaust.
Après le fort sympathique Thanksgiving : La
Semaine de l'horreur
en 2023 et la très dispensable adaptation du jeu vidéo éponyme
Borderlands
l'année suivante selon certaines sources plutôt crédibles, il est
de nouveau réapparu sur le devant de la scène du cinéma d'horreur
avec son dernier projet intitulé Ice Cream Man.
Et à moins d'avoir passé les dernières semaines, voire les
derniers mois enfermé dans une pièce sans lumière, sans
électricité et sans aucun moyens de communication, il s'est avéré
bien difficile de passer à côté des nombreuses news évoquant ce
film que d'aucun aurait pu alors espérer être comme le renouveau du
slasher ! Un film dont la promesse tient, quoi, tout au plus une
petite demi-heure, entre des séquences gore plutôt jouissives et
une folie enfantine, adolescente et collective toute aussi
jubilatoire... Pourtant, l'ombre de pas mal de classiques de
l'épouvante et de l'horreur plane au dessus de ce long-métrage
courtement vêtu en matière de durée...
Ce
qui est d'ailleurs d'abord une qualité lorsque d'autres prolongent
Ad nauseam l'expérience, créant ainsi une épouvantable émulsion
entre répétitivité et ennui. Deux critères rédhibitoires
auxquels n'échappe fort malheureusement pas toujours le dernier film
d'Eli Roth. De plus, en terme d'originalité, Ice
Cream Man
coince un peu. À commencer par son Boogeyman qui derrière le
costume d'un vendeur de glace plutôt avare en paroles semble tout
d'abord se référer au génial Art le Clown de la franchise
Terrifier dont
le quatrième opus ne semble pas être prévu avant la fin de l'année
2027 ! Malheureusement, et malgré tout les efforts décuplés
par Eli Roth et son interprète Ari Millen pour que l'antagoniste de
l'histoire apparaisse un tant soit peu effrayant, la distanciation
avec laquelle le personnage est traité vis à vis du massacre qui va
avoir lieu dans la petite et charmante ville où se déroule
l'intrigue joue ici pour beaucoup s'agissant de cette hypothétique
et vaine passion pour un croquemitaine pas vraiment au fond, d'un
''nouveau genre''... Car s'il peut évoquer bien sûr le clown Art,
il est un boogeyman encore plus prestigieux et mythique qui remonte à
la surface de nos mémoires lorsque l'on découvre le passé du
vendeur de glace. Difficile en effet de ne point voir de corrélation
entre ce bonhomme tout de blanc vêtu, à la moustache parfaitement
taillée et au commandes d'un camion de glaces et un certain...
Freddy Krugger au pull rayé.
Si le plus simple des
spectateurs, celui qui regarde ''à l'occasion'' un film d'horreur
lorsque celui-ci passe à la télévision où sur sa plateforme de
streaming préférée, pense qu'ici, la grande originalité vient du
principe qu'il n'y a pas ici UN tueur mais des dizaines ayant en
outre l'apparente juvénilité de plus ou moins sympathiques ''têtes
blondes'', c'est qu'il ne connaît certainement pas encore
quelques-uns des grands classiques de la science-fiction ou du
fantastique qui mirent en lumière des criminels de très bas âge.
On pense bien entendu au Village of the Damned
de Wolf Rilla et dans une moindre mesure au remake que réalisera des
décennies plus tard John Carpenter, au dérangeant Les
Révoltés de l'an 2000
(Who Can Kill a Child?)
de Narciso Ibáñez Serrador ou encore à De si
gentils petits... monstres !
(The Children)
de Max Kalmanowicz de 1980 et dans lequel de jeunes élèves étaient
intoxiqués au passage d'un nuage radioactif avant de se transformer
en meurtriers ! Ice Cream Man
est gore, et même très gore. Tous les enfants ayant ingéré une
glace se transforment en garnements assoiffés de sang qui
s'attaquent exclusivement aux adultes qu'ils décapitent,
tronçonnent, démembrent avec tout les outils qui leurs passent par
la main. On a même droit à une trépanation vraiment dégueu ! Bref, un véritable festival qui n'empêche malheureusement
pas le film d'Eli Roth d'être assez répétitif ! Le
réalisateur ainsi que le directeur de la photographie Simon Shohet,
le compositeur Brandon Roberts et la costumière Jenifur Jarvis
insufflent malgré tout au film une patte parfois vintage qui n'est
pas inintéressante. Pour le reste, les vrais amateurs de cinéma
d'horreur risquent de trouver le récit quelque peu redondant...
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