Après une longue
carrière de cinéaste étalée sur vingt et un ans et constituée
d'une vingtaine de longs-métrages dont une partie fut consacrée à
la Sexploitation,
le réalisateur, scénariste et producteur américain Albert
Zugsmith a donné son tout dernier tour de manivelle en 1975 avec
Violated !.
On ne débattra pas bien longtemps ici sur le sens à donner à ce
titre puisque le viol est justement au centre de ce récit dont au
moins un tiers des séquences est justement consacré à des
agressions d'ordre sexuel dont les victimes sont toutes des femmes.
Jolies et notamment interprétées par René Bond et Susanne Suzan,
elles sont les proies d'un violeur insaisissable. Pourtant, la police
ne ménage pas sa peine puisque l'inspecteur chargé de l'enquête,
le détective Purvis (Wes Bishop), multiplie les interrogatoires
s'agissant d'hommes ayant été aperçus sur les lieux des crimes au
moment même où ils furent commis. De quoi alimenter la suspicion et
ainsi noyer le poisson quant à l'identité du violeur. Un criminel
qui, s'il n'assassine pas ensuite ses victimes, leur laisse un
''cadeau''. Un souvenir sous forme de croix gammée gravée à même
la chair. Qui sur un avant-bras, qui sur le sein droit. Typique du
cinéma d'exploitation américain des années soixante-dix où
sexualité et violence allaient de paire, Violated !
met
en scène une victime qui plutôt que d'attendre désespérément que
la police arrête le coupable choisit de se faire vengeance. Avec
l'aide de son ami Quentin Judson (Jay Scott sous le pseudonyme de
Billy Buzby), que la police a pourtant soupçonné durant un certain
temps et avec celle de Midge Lewis (l'actrice Suzanne Suzan), une
autre victime du pervers qui elle aussi a gardé des séquelles
physiques et psychologiques, Terry Murphy (René Bond) décide de
tendre un traquenard afin de piéger le violeur et ainsi lui faire
payer tous ses crimes. Mais d'ici à ce que notre trio mette au point
leur projet de vengeance, Violated !
Ne
va être qu'une succession de scènes de viols. Lors desquelles nos
interprètes féminines ne rechignent pas à se mettre à poil. Et
notamment René Bond, laquelle n'a vraiment pas froid aux yeux
puisque avant d'être agressée, Albert Zugsmith prendra quelques
temps pour la filmer entièrement nue sous sa douche...
La
mise en scène et l'interprétation n'étant pas de première
qualité, le réalisateur joue donc sur la violence du propos. Dans
un contexte où le cinéaste traite curieusement de végétarisme
comme s'il pouvait être perçu comme une tare aussi critiquable que
la désinvolture avec laquelle certaines femmes qui cherchent
l'aventure passent des petites annonces explicites dans des journaux
spécialisés, le scénario écrit conjointement avec William Maron
aborde en outre la difficulté des victimes à convaincre les
autorités. Le détective Purvis demeurant l'exemple parfait du flic
sceptique. Entre l'enquête, inefficace (et ce malgré les
allers-retours répétés en salle d'interrogatoire) et un violeur
qui fait de sa ''profession''
un acte quasi quotidien, le retour à l'auto-défense est donc
déclenché par la voie d'une victime au fort tempérament, rendu
sans doute un peu ''fragile''
psychologiquement. Surtout lorsque l'on sait dans quelles mesures
Terry est capable de faire payer à son bourreau l'agression dont
elle fut la victime. Et dans quelle autre son ami Quentin est capable
de la suivre dans la voie de la déraison. Démarrant de manière
relativement dérangeante puisque plutôt réaliste (attrait typique
de ce genre de production plus ou moins fauchée), Violated !
vire ensuite dans sa dernière partie vers une certaine forme de
grand-guignol même si les amateurs d'hémoglobine n'en auront
malheureusement pas pour leur argent ! Tandis que le relâchement de
la police semble être de plus en plus une évidence (une laxité
accentuée en outre par une musique étrangement guillerette et
proprement inappropriée lors d'un repas en extérieur entre
l'inspecteur et son collègue), le final se met en place. Alors qu'un
énième suspect en la personne d'un carreleur passionné de
sculpture sur bois est pour Terry et ses deux complices le coupable
idéal, l'on assiste à une vengeance qui dépasse presque de loin
l'acte de viol. Alors que le suspect ''idéal'' se retrouve
''savoureusement'' grillé sur une chaise électrique de conception
artisanale fabriquée par Quentin, l'on découvre le véritable
visage du violeur. Son passé entrant directement en résonance avec
ses actes. Mais pire encore puisque en grand provocateur, Albert
Zugsmith suggère que beaucoup de violeurs se cachent derrière de
tout aussi nombreux hommes...

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