Auteur d'une dizaine de
courts-métrages et d'un premier long format en 2024 avec Milk
& Serial,
le réalisateur, scénariste et acteur américain Curry Barker a
signé en 2026 l'un des rares films d'horreur qui demeureront sans
doute dans les mémoires des spectateurs pour de nombreuses années.
Partant sur le postulat pourtant très routinier d'une femme
''maladivement'' amoureuse d'un homme, le sujet semble a priori être
très proche de Fatal Attraction
d'Adrian Lyne ou de Play Misty for Me
de Clint Eastwood tout en plongeant ses protagonistes dans un
contexte horrifico-fantastique commun à certains films d'épouvante
convoquant l'intervention d'objets capables d'exaucer des vœux. Ici,
rien de plus commun qu'un jeune homme timide et réservé, incapable
d'avouer ses sentiments à celle qu'il aime. Lorsque sa collègue de
travail et amie Nikki Freeman (Inde Navarrette) perd accidentellement
son pendentif, Baron Bailey (Michael Johnston) se rend dans une
petite boutique de vente de breloques afin de lui en offrir un autre
en retour. Incapable de faire son choix, le jeune homme trouve dans
un rayon du magasin un objet en saule qui selon l'emballage est
capable d'exaucer un vœu. Le soir-même, Nikki, Baron ainsi que
leurs amis Ian (Cooper Tomlinson) et Sarah (Megan Lawless) se rendent
dans une boite de nuit. À la sortie, tandis que ces derniers
décident de continuer la soirée, Baron propose à Nikki de la
raccompagner chez elle. Au moment de la laisser devant sa porte et
avant de rentrer chez lui, le jeune homme décide d'ouvrir
l'emballage de l'objet qu'il a acheté plus tôt et demande que son
amie l'aime plus que tout au monde... Démarrant comme la plupart des
films d'horreur actuels visant généralement un public adolescent,
Obsession est
d'abord un thriller psychologique avant de plonger ses protagonistes
dans l'épouvante et le fantastique. Le spectateur peut d'ailleurs
aisément soupçonner d'être embarqué dans un récit bien différent
de ce que pourrait laisser supposer le concept de base. Quelques
phrases lancées tout sauf au hasard, comme lorsque Nikki demande à
Baron si il ressent quelque chose pour elle avant qu'il n'ait exaucé
son vœu ou lorsque Ian conseille à son meilleur d'appeler la jeune
femme sous son ancien sobriquet, ''Nikki
la dingue''...
Ensuite, et sans forcément se vautrer plus qu'il n'en faut dans la
''culture''
du mouvement
#MeToo
dans lequel se complaisent certains artistes, Obsession
évoque fatalement le sujet du consentement et du libre arbitre.
Une
opinion que le cinéaste tord ici dans tous les sens pour obtenir un
renversement des valeurs puisque la victime n'est plus tant cette
jeune femme absolument magnifique et théoriquement inatteignable par
Baron mais bien celui-ci, qui après que son vœu se soit exaucé va
devenir la cible d'une Nikki totalement obsédée. Là où le génie
du script s'inscrit avec une rare intensité, c'est dans le choix de
Curry Barker de laisser une petite porte d'entrée à l'idée que
Nikki puisse être réellement ''dingue''
et non pas sous l'emprise d'une malédiction qui voudrait qu'elle
n'ait d'yeux que pour Baron. Le spectateur se retrouvant ainsi coincé
pendant près d'une heure entre deux hypothèses. L'une, totalement
fantaisiste et l'autre, relevant plus d'un cas clinique. En une heure
et quarante-cinq minutes environ, le réalisateur parvient à éviter
les ventres mous, à relancer l'intrigue, à multiplier les moments
d'angoisse et de frayeur. Et pour cela, il convoque deux formidables
interprètes. D'un côté, Michael Johnston, qui dans son costume
trop grand d'amant victime de son propre désir de voir celle qu'il
aime partager ce même amour va vivre un cauchemar, un calvaire qui
en outre semble insoluble. Et de l'autre, Inde Navarrette, dans le
rôle d'une jeune femme emprisonnée dans une passion amoureuse
maladive sur laquelle elle n'a absolument aucun contrôle. Mais
Obsession
n'est pas qu'un simple film d'horreur psychologique puisque l'on peut
éventuellement considérer l’œuvre de Curry Barker comme une
histoire d'amour tragique, avec ses moments de tendresse, rares, il
est vrai, et concentrés dans la première partie, mais aussi avec
ses moment de tension extrême durant lesquels Inde Navarrette est
absolument flippante. Les cadrages ayant ici une importance
considérable, le jeu de l'actrice américaine est sublimé par des
choix de cadres qui amplifient l'angoisse. L'on peut notamment citer
la séquence du restaurant ou l'échange entre Baron et Ian dans le
magasin, lorsque en arrière-plan et pourtant floutée, l'on devine
Nikki, totalement immobile et concentrant exclusivement son regard
sur Baron. Bref, s'il ne fallait aller voir qu'un seul film en ce
mois de mai se terminant dans quelques jours, ce serait celui-ci,
sans la moindre hésitation...
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