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jeudi 4 juin 2026

Obsession de Curry Barker (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Auteur d'une dizaine de courts-métrages et d'un premier long format en 2024 avec Milk & Serial, le réalisateur, scénariste et acteur américain Curry Barker a signé en 2026 l'un des rares films d'horreur qui demeureront sans doute dans les mémoires des spectateurs pour de nombreuses années. Partant sur le postulat pourtant très routinier d'une femme ''maladivement'' amoureuse d'un homme, le sujet semble a priori être très proche de Fatal Attraction d'Adrian Lyne ou de Play Misty for Me de Clint Eastwood tout en plongeant ses protagonistes dans un contexte horrifico-fantastique commun à certains films d'épouvante convoquant l'intervention d'objets capables d'exaucer des vœux. Ici, rien de plus commun qu'un jeune homme timide et réservé, incapable d'avouer ses sentiments à celle qu'il aime. Lorsque sa collègue de travail et amie Nikki Freeman (Inde Navarrette) perd accidentellement son pendentif, Baron Bailey (Michael Johnston) se rend dans une petite boutique de vente de breloques afin de lui en offrir un autre en retour. Incapable de faire son choix, le jeune homme trouve dans un rayon du magasin un objet en saule qui selon l'emballage est capable d'exaucer un vœu. Le soir-même, Nikki, Baron ainsi que leurs amis Ian (Cooper Tomlinson) et Sarah (Megan Lawless) se rendent dans une boite de nuit. À la sortie, tandis que ces derniers décident de continuer la soirée, Baron propose à Nikki de la raccompagner chez elle. Au moment de la laisser devant sa porte et avant de rentrer chez lui, le jeune homme décide d'ouvrir l'emballage de l'objet qu'il a acheté plus tôt et demande que son amie l'aime plus que tout au monde... Démarrant comme la plupart des films d'horreur actuels visant généralement un public adolescent, Obsession est d'abord un thriller psychologique avant de plonger ses protagonistes dans l'épouvante et le fantastique. Le spectateur peut d'ailleurs aisément soupçonner d'être embarqué dans un récit bien différent de ce que pourrait laisser supposer le concept de base. Quelques phrases lancées tout sauf au hasard, comme lorsque Nikki demande à Baron si il ressent quelque chose pour elle avant qu'il n'ait exaucé son vœu ou lorsque Ian conseille à son meilleur d'appeler la jeune femme sous son ancien sobriquet, ''Nikki la dingue''... Ensuite, et sans forcément se vautrer plus qu'il n'en faut dans la ''culture'' du mouvement #MeToo dans lequel se complaisent certains artistes, Obsession évoque fatalement le sujet du consentement et du libre arbitre.


Une opinion que le cinéaste tord ici dans tous les sens pour obtenir un renversement des valeurs puisque la victime n'est plus tant cette jeune femme absolument magnifique et théoriquement inatteignable par Baron mais bien celui-ci, qui après que son vœu se soit exaucé va devenir la cible d'une Nikki totalement obsédée. Là où le génie du script s'inscrit avec une rare intensité, c'est dans le choix de Curry Barker de laisser une petite porte d'entrée à l'idée que Nikki puisse être réellement ''dingue'' et non pas sous l'emprise d'une malédiction qui voudrait qu'elle n'ait d'yeux que pour Baron. Le spectateur se retrouvant ainsi coincé pendant près d'une heure entre deux hypothèses. L'une, totalement fantaisiste et l'autre, relevant plus d'un cas clinique. En une heure et quarante-cinq minutes environ, le réalisateur parvient à éviter les ventres mous, à relancer l'intrigue, à multiplier les moments d'angoisse et de frayeur. Et pour cela, il convoque deux formidables interprètes. D'un côté, Michael Johnston, qui dans son costume trop grand d'amant victime de son propre désir de voir celle qu'il aime partager ce même amour va vivre un cauchemar, un calvaire qui en outre semble insoluble. Et de l'autre, Inde Navarrette, dans le rôle d'une jeune femme emprisonnée dans une passion amoureuse maladive sur laquelle elle n'a absolument aucun contrôle. Mais Obsession n'est pas qu'un simple film d'horreur psychologique puisque l'on peut éventuellement considérer l’œuvre de Curry Barker comme une histoire d'amour tragique, avec ses moments de tendresse, rares, il est vrai, et concentrés dans la première partie, mais aussi avec ses moment de tension extrême durant lesquels Inde Navarrette est absolument flippante. Les cadrages ayant ici une importance considérable, le jeu de l'actrice américaine est sublimé par des choix de cadres qui amplifient l'angoisse. L'on peut notamment citer la séquence du restaurant ou l'échange entre Baron et Ian dans le magasin, lorsque en arrière-plan et pourtant floutée, l'on devine Nikki, totalement immobile et concentrant exclusivement son regard sur Baron. Bref, s'il ne fallait aller voir qu'un seul film en ce mois de mai se terminant dans quelques jours, ce serait celui-ci, sans la moindre hésitation...

 

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