De part son sujet, le
premier long-métrage de la réalisatrice, scénariste et actrice
française Alice Vial évoque immédiatement Ghost
de Jerry Zucker avec Patrick Swayze Demi Moore et Whoopi Goldberg et
dans lequel un fantôme communiquait avec une voyante afin d'entrer
en contact avec son épouse dont l'existence était mise en danger
par un individu peu scrupuleux. Plus près de chez nous l'on évoquera
Fantômes avec chauffeur
de Gérard Oury, à la forme nettement plus légère mais qui là
encore mettait en scène deux protagonistes qui après avoir été
les victimes d'un guet-apens devenaient des fantômes contraints de
collaborer alors que leur relation n'avait jusque là jamais dépassé
celle entre un PDG de grande entreprise et son chauffeur (Philippe
Noiret et Gérard Jugnot dans les rôles de Philippe Bruno-Tessier et
Georges Morel). Comédie fantastico-romantique, L'âme
idéale
évoque ensuite le sujet de la mort, à travers les soins palliatifs
et le don que possède Elsa, une quarantenaire qui depuis toujours
est capable de communiquer avec les morts. Quant à son statut de
médecin travaillant dans le service des soins palliatifs d'un grand
hôpital, le personnage évoque l'un des très grands films traitant
du sujet à avoir vu le jour ces dernières années à travers le
formidable Heldin
de la réalisatrice et scénariste suisse Petra Volpe. Une œuvre
puissante, aussi bien dans sa forme que dans le fond, rejoint
désormais par cette nouvelle itération qui bien que des éléments
fantastiques y soient intégrés n'en est pas moins d'une très
grande profondeur. Si la capacité de voir et de communiquer avec les
morts peut-être en soi considéré comme un don, pour Elsa, il
s'agit plus probablement d'une malédiction puisque ce ''pouvoir''
incontrôlé qu'elle possède par ''héritage'' de sa mère l'empêche
de nouer une relation stable avec des hommes qui la quittent dès
lors qu'ils prennent conscience de ses facultés. Un soir, alors
qu'elle est en scooter, la jeune femme percute un bus et s'effondre
au sol. Blessée à l'arcade, elle est secourue par Oscar, le
passager d'un taxi qui lui propose de l'emmener chez lui afin de la
soigner... La rencontre entre ces deux individus va être le départ
d'une histoire d'amour très éloignée des codes du genre...
D'emblée,
L'âme idéale nous
prend à la gorge lors d'une séquence d'ouverture décrivant très
précisément les facultés d'Elsa qui lors d'un dîner avec son
compagnon et ses beaux-parents est confrontée au fantôme de leur
fille, une adolescente qui s'est suicidée voilà plusieurs années.
Lors de cette scène émotionnellement forte, Alice
Vial évoque le rituel pratiqué par Elsa permettant aux fantômes de
régler le problème qui les empêche de quitter le monde des
vivants, en traversant un halo lumineux afin de pouvoir
définitivement reposer en paix. Un premier et véritable uppercut
auquel, on s'en doute, succéderont d'autres séquences toutes aussi
bouleversantes... Pour autant, L'âme idéale
n'est pas qu'un conglomérat de scène larmoyantes malgré des sujets
délicats tournant autour de la mort. Bien qu'une révélation plus
ou moins inattendue va venir bouleverser la relation entre Elsa et
Oscar, la cinéaste parvient à injecter une dose d'humour salutaire
dans un contexte où rôde avec régularité le sujet de la mort.
Incarné par un duo d'interprètes constitué autour de la magnifique
Magalie Lépine-Blondeau et de Jonathan Cohen que l'on a davantage
l'habitude de voir dans des comédies, le film d'Alice Vial touche
par sa grande profondeur d'âme, où l'écriture et l'interprétation
atteignent un degré d'intensité que l'on ne ressent généralement
que trop rarement. La réalisatrice et scénariste (qui a collaboré
à l'écriture du script avec Jean-Toussaint Bernard) évoque en
outre la pratique de la télé-médecine en soins palliatifs jugée
ici comme un traitement du malade totalement déshumanisé. Parmi les
personnages secondaires, notons Mireille, femme d'âge mûr en fin de
vie formidablement interprétée par l'actrice Anne Benoît.
Personnage avec lequel Elsa crée d'ailleurs un lien très fort.
Quelques amusantes petites ''coquilles'' viennent ponctuer le récit
comme l'impossibilité pour Oscar de préparer un café pour Elsa
alors qu'on le vit plus tôt ouvrir la porte de son appartement. Mais
rien de grave car face à l'émotion quasi perpétuelle qui ponctue
le récit et à laquelle participe notamment la très jolie bande
musicale de l'arrangeur et multi-instrumentiste française Olivier
Marguerit, l'on est conquis par cette histoire, belle, troublante,
attendrissante, émouvante, parfois drôle et merveilleusement
interprétée par notre duo et tous ceux qui gravitent autour d'eux.
Un vrai GROS coup de cœur...



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