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jeudi 21 mai 2026

L'âme idéale d'Alice Vial (2025) - ★★★★★★★★★☆

 


 

De part son sujet, le premier long-métrage de la réalisatrice, scénariste et actrice française Alice Vial évoque immédiatement Ghost de Jerry Zucker avec Patrick Swayze Demi Moore et Whoopi Goldberg et dans lequel un fantôme communiquait avec une voyante afin d'entrer en contact avec son épouse dont l'existence était mise en danger par un individu peu scrupuleux. Plus près de chez nous l'on évoquera Fantômes avec chauffeur de Gérard Oury, à la forme nettement plus légère mais qui là encore mettait en scène deux protagonistes qui après avoir été les victimes d'un guet-apens devenaient des fantômes contraints de collaborer alors que leur relation n'avait jusque là jamais dépassé celle entre un PDG de grande entreprise et son chauffeur (Philippe Noiret et Gérard Jugnot dans les rôles de Philippe Bruno-Tessier et Georges Morel). Comédie fantastico-romantique, L'âme idéale évoque ensuite le sujet de la mort, à travers les soins palliatifs et le don que possède Elsa, une quarantenaire qui depuis toujours est capable de communiquer avec les morts. Quant à son statut de médecin travaillant dans le service des soins palliatifs d'un grand hôpital, le personnage évoque l'un des très grands films traitant du sujet à avoir vu le jour ces dernières années à travers le formidable Heldin de la réalisatrice et scénariste suisse Petra Volpe. Une œuvre puissante, aussi bien dans sa forme que dans le fond, rejoint désormais par cette nouvelle itération qui bien que des éléments fantastiques y soient intégrés n'en est pas moins d'une très grande profondeur. Si la capacité de voir et de communiquer avec les morts peut-être en soi considéré comme un don, pour Elsa, il s'agit plus probablement d'une malédiction puisque ce ''pouvoir'' incontrôlé qu'elle possède par ''héritage'' de sa mère l'empêche de nouer une relation stable avec des hommes qui la quittent dès lors qu'ils prennent conscience de ses facultés. Un soir, alors qu'elle est en scooter, la jeune femme percute un bus et s'effondre au sol. Blessée à l'arcade, elle est secourue par Oscar, le passager d'un taxi qui lui propose de l'emmener chez lui afin de la soigner... La rencontre entre ces deux individus va être le départ d'une histoire d'amour très éloignée des codes du genre...


D'emblée, L'âme idéale nous prend à la gorge lors d'une séquence d'ouverture décrivant très précisément les facultés d'Elsa qui lors d'un dîner avec son compagnon et ses beaux-parents est confrontée au fantôme de leur fille, une adolescente qui s'est suicidée voilà plusieurs années. Lors de cette scène émotionnellement forte, Alice Vial évoque le rituel pratiqué par Elsa permettant aux fantômes de régler le problème qui les empêche de quitter le monde des vivants, en traversant un halo lumineux afin de pouvoir définitivement reposer en paix. Un premier et véritable uppercut auquel, on s'en doute, succéderont d'autres séquences toutes aussi bouleversantes... Pour autant, L'âme idéale n'est pas qu'un conglomérat de scène larmoyantes malgré des sujets délicats tournant autour de la mort. Bien qu'une révélation plus ou moins inattendue va venir bouleverser la relation entre Elsa et Oscar, la cinéaste parvient à injecter une dose d'humour salutaire dans un contexte où rôde avec régularité le sujet de la mort. Incarné par un duo d'interprètes constitué autour de la magnifique Magalie Lépine-Blondeau et de Jonathan Cohen que l'on a davantage l'habitude de voir dans des comédies, le film d'Alice Vial touche par sa grande profondeur d'âme, où l'écriture et l'interprétation atteignent un degré d'intensité que l'on ne ressent généralement que trop rarement. La réalisatrice et scénariste (qui a collaboré à l'écriture du script avec Jean-Toussaint Bernard) évoque en outre la pratique de la télé-médecine en soins palliatifs jugée ici comme un traitement du malade totalement déshumanisé. Parmi les personnages secondaires, notons Mireille, femme d'âge mûr en fin de vie formidablement interprétée par l'actrice Anne Benoît. Personnage avec lequel Elsa crée d'ailleurs un lien très fort. Quelques amusantes petites ''coquilles'' viennent ponctuer le récit comme l'impossibilité pour Oscar de préparer un café pour Elsa alors qu'on le vit plus tôt ouvrir la porte de son appartement. Mais rien de grave car face à l'émotion quasi perpétuelle qui ponctue le récit et à laquelle participe notamment la très jolie bande musicale de l'arrangeur et multi-instrumentiste française Olivier Marguerit, l'on est conquis par cette histoire, belle, troublante, attendrissante, émouvante, parfois drôle et merveilleusement interprétée par notre duo et tous ceux qui gravitent autour d'eux. Un vrai GROS coup de cœur...

 

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