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dimanche 19 avril 2026

Symptoms de José Ramón Larraz (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Nous sommes en 1974 et le réalisateur et scénariste espagnol José Ramón Larraz a beau tenter de nous leurrer, le subterfuge ne fonctionne pas. Qu'il s'agisse d'un plagiat ou plus simplement d'un remake tardif de l'excellent Répulsion de Roman Polanski réalisé près de dix ans auparavant, ça n'est pas parce que l'un se déroule dans un manoir situé dans une forêt et aux abords d'un lac et que le second situe son action dans un appartement placé au cœur de Londres qu'Helen n'a aucune chance de rappeler aux bons souvenirs des cinéphiles la Carole Ledoux du classique du cinéaste franco-polonais. Avec son visage ovale si particulier, ses yeux enfoncés dans leurs orbites, l'actrice britannique Angela Pleasence rappelle à chaque instant qu'elle fut la fille du légendaire Donald Pleasence. Décédée le 10 avril dernier, la jeune femme donne à voir dans ce très curieux long-métrage lorgnant entre drame et épouvante l'une des plus saisissantes incarnations de la folie sur grand écran. En toute discrétion, se déplaçant aussi silencieusement qu'une chatte découvrant son tout nouveau territoire, Angela Pleasence interprète dans Symptoms, un personnage trouble dont on sait d'emblée qu'elle est sujette à des désordres d'ordre psychiatrique. Ce que viendra d'ailleurs confirmer la suite du récit même si pour l'instant, aucune précision ne vient étayer la moindre hypothèse quant à leur origine ! Tout commence alors qu'un couple s'enlace en pleine forêt. Puis, subitement, dans un cadre qui n'est pas tant éloigné géographiquement ou temporellement de cette première séquence, l'on aperçoit le corps d'une femme à la surface d'un lac... Helen vit seule, dans ce manoir trop grand pour elle. Mais alors qu'un certain Brady (Peter Vaughan) semble ''veiller'' sur elle, la jeune femme accueille son amie Anne (Lorna Heilbron) qu'elle supplie alors de rester à ses côtés quelques temps malgré le petit ami relativement impatient de cette dernière qui lui demande de revenir chez eux. Anne accepte finalement de rester quelques jours de plus auprès d'Helen mais un soir, alors que la nuit sans Lune éclaire difficilement l'intérieur du manoir, trop curieuse, l'amie en question monte au grenier et y trouve une malle qu'elle décide d'ouvrir... Bien évidemment, avant que tout ne chamboule et que cette touchante histoire d'amitié ne bascule dans l'horreur, José Ramón Larraz cherche à donner une définition aux peurs qui engendrent chez son héroïne, la folie.


De celles qui poussent à vivre recluses chez elles de jeunes femmes. Ici un manoir. Là-bas, un appartement londonien. Les repères de deux bêtes, cachées l'une comme l'autre dans leurs propres solitudes, cultivant ainsi leurs obsessions jusqu'à ce que des interventions extérieures ne déclenchent un tourbillon de violence. Tout ou presque dans Symptoms réveille donc le souvenir de Répulsion, premier volet de la remarquable Trilogie de l'appartement de Roman Polanski. Deux jeunes femmes frêles, timides, peu communicatives. Jusque dans ces robes de chambres qu'elles portent le plus souvent. Ce lapin d'un côté ou ce beurre rance de l'autre, qu'elles laissent respectivement traîner comme les témoins du temps qui passe. Ou celui de ces névroses qui entretiennent la paranoïa. Ces rêves éveillés, hallucinés, formés dans un cas comme dans l'autre autour de cadrages inhabituels témoignant du désordre qui se déroule dans leur tête. De l'envahissement fantasmé d'étrangers chez Carol ou des bruits inquiétants qui viennent du grenier chez Helen et qui lui rappelle sans cesse son amie Cora... La jeune femme qui justement au début était celle que Brady enlaçait... avant que l'on ne devine que le corps qui ''baignait' ensuite à la surface du lac était bien celui de cette amie disparue. Et puis, il y a l'arme employée. Une lame de rasoir et une lourde sculpture pour l'une et la lame d'un couteau pour la seconde. Bref, le long-métrage de José Ramón Larraz rappelle bien dans toutes ses entournures le chef-d’œuvre de Roman Polanski. Sur un rythme très lent, voire lancinant, Symptoms décrit la longue et inévitable dérive psychologique de son héroïne chez qui des médecins sans doute très officiellement compétents avaient pu malgré tout déceler la guérison. Fiévreuse, blafarde, cheveu en bataille et le regard dans le vide, Angela Pleasence incarne la folie avec une intensité parfois glaçante. Le cinéaste espagnol et le directeur de la photographie Trevor Wrenn sublimant en outre les décors dans un jeu d'ombres et de lumières réellement angoissant. Une œuvre rare qu'il devient urgent de redécouvrir. Surtout aujourd'hui, en hommage à une actrice qui probablement sera demeurée dans l'ombre de son père même si Symptoms révélait déjà à l'époque son immense potentiel d'interprète...

 

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