Nous sommes en 1974 et le
réalisateur et scénariste espagnol José Ramón Larraz a beau
tenter de nous leurrer, le subterfuge ne fonctionne pas. Qu'il
s'agisse d'un plagiat ou plus simplement d'un remake tardif de
l'excellent Répulsion
de Roman Polanski réalisé près de dix ans auparavant, ça n'est
pas parce que l'un se déroule dans un manoir situé dans une forêt
et aux abords d'un lac et que le second situe son action dans un
appartement placé au cœur de Londres qu'Helen n'a aucune chance de
rappeler aux bons souvenirs des cinéphiles la Carole Ledoux du
classique du cinéaste franco-polonais. Avec son visage ovale si
particulier, ses yeux enfoncés dans leurs orbites, l'actrice
britannique Angela Pleasence rappelle à chaque instant qu'elle fut
la fille du légendaire Donald Pleasence. Décédée le 10 avril
dernier, la jeune femme donne à voir dans ce très curieux
long-métrage lorgnant entre drame et épouvante l'une des plus
saisissantes incarnations de la folie sur grand écran. En toute
discrétion, se déplaçant aussi silencieusement qu'une chatte
découvrant son tout nouveau territoire, Angela Pleasence interprète
dans Symptoms,
un personnage trouble dont on sait d'emblée qu'elle est sujette à
des désordres d'ordre psychiatrique. Ce que viendra d'ailleurs
confirmer la suite du récit même si pour l'instant, aucune
précision ne vient étayer la moindre hypothèse quant à leur
origine ! Tout commence alors qu'un couple s'enlace en pleine
forêt. Puis, subitement, dans un cadre qui n'est pas tant éloigné
géographiquement ou temporellement de cette première séquence,
l'on aperçoit le corps d'une femme à la surface d'un lac... Helen
vit seule, dans ce manoir trop grand pour elle. Mais alors qu'un
certain Brady (Peter Vaughan) semble ''veiller'' sur elle, la jeune
femme accueille son amie Anne (Lorna Heilbron) qu'elle supplie alors
de rester à ses côtés quelques temps malgré le petit ami
relativement impatient de cette dernière qui lui demande de revenir
chez eux. Anne accepte finalement de rester quelques jours de plus
auprès d'Helen mais un soir, alors que la nuit sans Lune éclaire
difficilement l'intérieur du manoir, trop curieuse, l'amie en
question monte au grenier et y trouve une malle qu'elle décide
d'ouvrir... Bien évidemment, avant que tout ne chamboule et que
cette touchante histoire d'amitié ne bascule dans l'horreur, José
Ramón Larraz cherche à donner une définition aux peurs qui
engendrent chez son héroïne, la folie.
De
celles qui poussent à vivre recluses chez elles de jeunes femmes.
Ici un manoir. Là-bas, un appartement londonien. Les
repères de deux bêtes, cachées l'une comme l'autre dans leurs
propres solitudes, cultivant ainsi leurs obsessions jusqu'à ce que
des interventions extérieures ne déclenchent un tourbillon de
violence. Tout ou presque dans Symptoms
réveille donc le souvenir de Répulsion,
premier volet de la remarquable Trilogie
de l'appartement
de Roman Polanski. Deux jeunes femmes frêles, timides, peu
communicatives. Jusque dans ces robes de chambres qu'elles portent le
plus souvent. Ce lapin d'un côté ou ce beurre rance de l'autre,
qu'elles laissent respectivement traîner comme les témoins du temps
qui passe. Ou celui de ces névroses qui entretiennent la paranoïa.
Ces rêves éveillés, hallucinés, formés dans un cas comme dans
l'autre autour de cadrages inhabituels témoignant du désordre qui
se déroule dans leur tête. De l'envahissement fantasmé d'étrangers
chez Carol ou des bruits inquiétants qui viennent du grenier chez
Helen et qui lui rappelle sans cesse son amie Cora... La jeune femme
qui justement au début était celle que Brady enlaçait... avant que
l'on ne devine que le corps qui ''baignait' ensuite à la surface du
lac était bien celui de cette amie disparue. Et puis, il y a l'arme
employée. Une lame de rasoir et une lourde sculpture pour l'une et
la lame d'un couteau pour la seconde. Bref, le long-métrage de José
Ramón Larraz rappelle bien dans toutes ses entournures le
chef-d’œuvre de Roman Polanski. Sur un rythme très lent, voire
lancinant, Symptoms
décrit la longue et inévitable dérive psychologique de son héroïne
chez qui des médecins sans doute très officiellement compétents
avaient pu malgré tout déceler la guérison. Fiévreuse, blafarde,
cheveu en bataille et le regard dans le vide, Angela Pleasence
incarne la folie avec une intensité parfois glaçante. Le cinéaste
espagnol et le directeur de la photographie Trevor Wrenn sublimant en
outre les décors dans un jeu d'ombres et de lumières réellement
angoissant. Une œuvre rare qu'il devient urgent de redécouvrir.
Surtout aujourd'hui, en hommage à une actrice qui probablement sera
demeurée dans l'ombre de son père même si Symptoms
révélait déjà à l'époque son immense potentiel d'interprète...

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