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jeudi 2 avril 2026

El Techo de Cristal d'Eloy de la Iglesia (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Réalisateur et scénariste d'origine espagnole, Eloy de la Iglesia est connu pour avoir mis en scène des œuvres à caractère naturaliste, entrant dans une certaine réalité sociale dépeignant souvent des protagonistes marginaux. Parmi ses faits d'armes, les amateurs de films d'horreur plus que de thrillers auront probablement surtout retenu son sordide La Semana del Asesino en 1972 dans lequel un employé d'abattoir commettait des meurtres avant de se débarrasser des cadavres dans l'usine où il travaillait. Résumé ainsi vulgairement, tout comme certaines versions du long-métrage virent le jour sous l'impulsion de distributeurs opportunistes qui choisirent de l'éditer sous le titre de Cannibal Man, ce film est devenu culte de part son sujet plus qu'ambigu et de part son ambiance extrêmement poisseuse... Poursuivant ainsi sa carrière dans une idée assez précise de l'horreur sociale, Eloy de la Iglesia avait précédemment tourné un El Techo de Cristal dont la structure aurait pu éventuellement servir de base ou de brouillon à son futur film culte si ce n'est que l'horreur n'y était distillée que dans l'idée selon laquelle la voisine de l'héroïne incarnée à l'écran par l'actrice espagnole Carmen Sevilla était témoin de ce qu'elle supposait être l'assassinat d'un homme par sa propre épouse interprétée cette fois-ci par l'américaine Patty Shepard. Mais déjà l'on sent poindre cette fascination immodérée du cinéaste ibérique pour les ''déviances'' d'ordre sexuel et qui de nos jours sont pour beaucoup entrées dans une certaine forme de normalité. Débutant par un travelling lent décrivant le cadre visuel dans lequel vont être plongés les protagonistes, la caméra nous emmène jusque dans l'intimité de Marta qu'incarne donc Carmen Sevilla. Une jeune femme épanouie qui supporte par contre assez mal que son époux, Carlos, interprété par Fernando Cebrián, soit régulièrement en déplacement pour son métier d'agent de commerce. Un soir, alors qu'elle n'a pour seule compagnie que son chat blanc Fedra (de Phèdre, ce personnage de la mythologie grecque qui fut l'épouse de Thésée et qui tomba amoureuse de son beau-fils Hippolyte), la jeune femme entend des pas qu'elle traduit inconsciemment par ceux d'un homme : Victor, l'époux de Julia. Un personnage que l'on ne rencontrera d'ailleurs pas un seul instant puisque Eloy de la Iglesia conservera jusqu'au dernier moment le mystère entourant sa disparition. Car un élément va venir troubler les dires de Julia selon laquelle son mari est parti prendre un bus la veille au soir tandis que son retour n'est prévu que dans plusieurs jours...


Mais alors que son amie Marta n'a aucune raison de douter de sa sincérité, elle croise un jour le chauffeur de bus qui a l'habitude d'effectuer le trajet qu'aurait dû prendre Victor selon Julia. Témoignant auprès d'elle que ce jour-là, l'homme n'est pas monté dans son bus, Marta va commencer à cultiver quelques doutes au sujet de sa voisine et amie Julia... Dans ce récit d'une suspicion qui n'est évidemment pas sans rappeler Fenêtre sur cour d'Alfred Hitchcock, lequel inspirera d'ailleurs bien des années après Brian De Palma pour son chef-d’œuvre Body Double, Eloy de la Iglesia développe tout un panel de personnages secondaires baignant dans une ambiance parfois fiévreuse. Ou toute apparence ou presque est trompeuse. Du livreur de marchandises et du voisin tout deux obsédés par la gente féminine, à la jeune fermière (Emma Cohen dans le rôle de Rosa) qui durant l'absence de son père aime à se retrouver auprès de Ricardo (Dean Selmier), le propriétaire de l'immeuble où vivent Marta et Julia. Un sculpteur de talent, visiblement très respectueux des femmes puisque dans El Techo de Cristal, il sera le seul représentant de sexe masculin à ne pas avoir spécialement de vues sur l'une ou l'autre des héroïnes... Jouant un jeu pervers avec les personnages et les non-dits, Eloy de la Iglesia développe une toile d'araignée plus tentaculaire qu'elle n'en a l'air mais ceci, sur un rythme parfois très ennuyeux et sur la base d'un script qui peine souvent à se renouveler. S'il cultive un certain mystère entourant ce personnage qui dans l'ombre prend en photos Marta ou au sujet de la disparition et de la mort ou non de Victor, le film n'est donc pas dénué d'un certain nombre de défauts. Et pourtant, tout comme pour La Semana del Asesino l'année suivante, il se peut que El Techo de Cristal exerce une certaine fascination. Entre obédience à la sexualité malsaine (comment peut-on effectivement s'embrasser, s'enlacer alors que dans la salle en question, l'atelier de Ricardo, le script évoque la présence supposée d'un cadavre à travers l'odeur de la mort ?), thriller diabolique, voyeurisme et ambiance moite, El Techo de Cristal ravira sans doute avant tout celles et ceux qui découvrirent voilà plusieurs décennies le mythique La Semana del Asesino...

 

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