Réalisateur et
scénariste d'origine espagnole, Eloy de la Iglesia est connu pour
avoir mis en scène des œuvres à caractère naturaliste, entrant
dans une certaine réalité sociale dépeignant souvent des
protagonistes marginaux. Parmi ses faits d'armes, les amateurs de
films d'horreur plus que de thrillers auront probablement surtout
retenu son sordide La Semana del Asesino
en 1972 dans lequel un employé d'abattoir commettait des meurtres
avant de se débarrasser des cadavres dans l'usine où il
travaillait. Résumé ainsi vulgairement, tout comme certaines
versions du long-métrage virent le jour sous l'impulsion de
distributeurs opportunistes qui choisirent de l'éditer sous le titre
de Cannibal Man,
ce film est devenu culte de part son sujet plus qu'ambigu et de part
son ambiance extrêmement poisseuse... Poursuivant ainsi sa carrière
dans une idée assez précise de l'horreur sociale, Eloy de la
Iglesia avait précédemment tourné un El Techo
de Cristal dont
la structure aurait pu éventuellement servir de base ou de brouillon
à son futur film culte si ce n'est que l'horreur n'y était
distillée que dans l'idée selon laquelle la voisine de l'héroïne
incarnée à l'écran par l'actrice espagnole Carmen Sevilla était
témoin de ce qu'elle supposait être l'assassinat d'un homme par sa
propre épouse interprétée cette fois-ci par l'américaine Patty
Shepard. Mais déjà l'on sent poindre cette fascination immodérée
du cinéaste ibérique pour les ''déviances'' d'ordre sexuel et qui
de nos jours sont pour beaucoup entrées dans une certaine forme de
normalité. Débutant par un travelling lent décrivant le cadre
visuel dans lequel vont être plongés les protagonistes, la caméra
nous emmène jusque dans l'intimité de Marta qu'incarne donc Carmen
Sevilla. Une jeune femme épanouie qui supporte par contre assez mal
que son époux, Carlos, interprété par Fernando Cebrián, soit
régulièrement en déplacement pour son métier d'agent de commerce.
Un soir, alors qu'elle n'a pour seule compagnie que son chat blanc
Fedra (de Phèdre, ce personnage de la mythologie grecque qui fut
l'épouse de Thésée et qui tomba amoureuse de son beau-fils
Hippolyte), la jeune femme entend des pas qu'elle traduit
inconsciemment par ceux d'un homme : Victor, l'époux de Julia.
Un personnage que l'on ne rencontrera d'ailleurs pas un seul instant
puisque Eloy de la Iglesia conservera jusqu'au dernier moment le
mystère entourant sa disparition. Car un élément va venir troubler
les dires de Julia selon laquelle son mari est parti prendre un bus
la veille au soir tandis que son retour n'est prévu que dans
plusieurs jours...
Mais
alors que son amie Marta n'a aucune raison de douter de sa sincérité,
elle croise un jour le chauffeur de bus qui a l'habitude d'effectuer
le trajet qu'aurait dû prendre Victor selon Julia. Témoignant
auprès d'elle que ce jour-là, l'homme n'est pas monté dans son
bus, Marta va commencer à cultiver quelques doutes au sujet de sa
voisine et amie Julia... Dans ce récit d'une suspicion qui n'est
évidemment pas sans rappeler Fenêtre sur cour
d'Alfred Hitchcock, lequel inspirera d'ailleurs bien des années
après Brian De Palma pour son chef-d’œuvre Body
Double,
Eloy de la Iglesia développe tout un panel de personnages
secondaires baignant dans une ambiance parfois fiévreuse. Ou toute
apparence ou presque est trompeuse. Du livreur de marchandises et du
voisin tout deux obsédés par la gente féminine, à la jeune
fermière (Emma Cohen dans le rôle de Rosa) qui durant l'absence de
son père aime à se retrouver auprès de Ricardo (Dean Selmier), le
propriétaire de l'immeuble où vivent Marta et Julia. Un sculpteur
de talent, visiblement très respectueux des femmes puisque dans El
Techo de Cristal,
il sera le seul représentant de sexe masculin à ne pas avoir
spécialement de vues sur l'une ou l'autre des héroïnes... Jouant
un jeu pervers avec les personnages et les non-dits, Eloy de la
Iglesia développe une toile d'araignée plus tentaculaire qu'elle
n'en a l'air mais ceci, sur un rythme parfois très ennuyeux et sur
la base d'un script qui peine souvent à se renouveler. S'il cultive
un certain mystère entourant ce personnage qui dans l'ombre prend en
photos Marta ou au sujet de la disparition et de la mort ou non de
Victor, le film n'est donc pas dénué d'un certain nombre de
défauts. Et pourtant, tout comme pour La Semana
del Asesino
l'année suivante, il se peut que El Techo de
Cristal
exerce une certaine fascination. Entre obédience à la sexualité
malsaine (comment peut-on effectivement s'embrasser, s'enlacer alors
que dans la salle en question, l'atelier de Ricardo, le script évoque
la présence supposée d'un cadavre à travers l'odeur de la mort ?),
thriller diabolique, voyeurisme et ambiance moite, El
Techo de Cristal
ravira sans doute avant tout celles et ceux qui découvrirent voilà
plusieurs décennies le mythique La
Semana del Asesino...
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