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vendredi 19 août 2016

La Danza de la Realidad de Alejandro Jodorowsky (2013)







Vingt-trois ans que l'on attendait le retour du réalisateur des cultissimes El Topo, La Montagne Sacrée et Santa Sangre. Vingt-trois ans à attendre que l'acteur, mime, romancier, essayiste, poète et surtout cinéaste Alejandro Jodorowsky réapparaisse dans la vie des cinéphiles du monde entier. Autant d'années à espérer son retour avec cette petite pointe d'angoisse qui nous faisait espérer qu'il n'avait rien perdu de son génie. On aura espéré son retour dès le début des années 2000, et son projet de suite à son immense El Topo, Les Fils d'El Topo, rebaptisé AbelCain à la suite d'un litige avec juridique avec le producteur Allen Klein. En 2010, on annonce un projet commun à Alejandro Jodorowsky, David Lynch et Marilyn Manson intitulé King Shot, mais qui semble à ce jour avoir été rangé dans les cartons. Il faudra en fait patienter jusqu'en 2012, année durant laquelle le cinéaste chilien fait un appel à des dons sur Internet afin de produire son futur projet, La Danza de la Realidad. Après les désillusions passées, on pouvait redouter encore l'abandon de celui-ci. Et pourtant, le dernier film de Alejandro Jodorowsky sort en 2013.

La Danza de la Realidad, c'est avant tout l'histoire d'Alejandro Jodorowsky, vu à travers son propre regard. Première partie de ce qui sera sans doute une trilogie (le second volet Poesia Sin Fin ayant déjà été tourné et la troisième partie déjà évoquée), il nous conte le récit d'Alejandrito, fils de Jaime et Sara Jodorowsky. La petite famille, juive et originaire de Iekaterinosla en Ukraine a bien du mal à se débarrasser de son statut. Installés dans la ville de Tocopilla au Chili, l'ambiance est à la montée du Fachisme et de son plus cruel représentant au pays, le tyrannique Ibáñez. Jaime Jodorowsky et les siens ont beau tout faire pour s'intégrer, ils n'en demeurent pas moins aux yeux de leurs voisins, que de « sales juifs. ». L'existence est rude pour le père, mais également pour le fils, auquel il mène la vie dure. Humilié par Alejandro lors d'une parade où l'enfant est représenté comme la mascotte des pompiers, Jaime est de plus victime d'invectives lorsqu'il tente de subvenir aux besoins des nécessiteux. Voulant prouver à tout le monde qu'il est le plus courageux d'entre tous, il décide de tuer de ses propres mains, celui qui représente le fascisme sur sa terre d'accueil, Ibáñez !

La Danza de la Realidad, c'est certain, ne plaira pas à tout le monde. Il continuera d'alimenter le rejet des anti-Jodorowsky tandis que les fans de la première heure pourront à leur tour également se diviser en deux catégories. D'un côté, ceux qui aveuglés par leur passion pour le cinéaste chilien ne verront dans sa mise en scène qu'un joyau précieux parfaitement maîtrisé et de l'autre, ceux qui noteront les quelques failles de son nouveaux projet.

La Danza de la Realidad est en effet perfectible. Si l'on retrouve une grande part de ce qui fait l’œuvre toute entière du cinéaste, cette place importante qu'il consacre à la religion, la politique et le social, on peut regretter certains choix esthétiques. Sans trop vouloir pencher du côté des disciples du maître, disons que le film manque de patine. L'image, tellement lisse et propre sur elle nuit à l'incroyable spectacle visuel auquel on assiste parfois. Poésie, surréalisme et autobiographie se confondent, jusqu'à atteindre parfois un haut degré d'absurde qui, si à une époque il se révélait pardonnable, est désormais dommageable. On a parfois l'impression d'assister à un Soap opera chilien de plus de deux heures, mais c'est sans compter sur l'extrême maîtrise scénaristique d'Alejandro Jodorowsky qu'on lui pardonne sans mal ses quelques erreurs.

Ce volet constitue la première des trois parties d'une trilogie et nous conte non seulement l'histoire d'une famille d'immigrés tentant de s'intégrer dans un pays qui les rejette, mais aussi et surtout le récit d'un homme incroyant (vivant dans une ville où les croyances demeurent une condition essentielle), qui après avoir échoué dans sa tentative de coup d'état va, tel le Christ, effectuer un chemin de croix pour pouvoir retrouver les siens. Le cinéaste confie le rôle de Jaime (qui était le propre père d'Alejandro Jodorowsky) à Brontis, son fils dans la vraie vie, et surtout comédien de théâtre, et que l'on pu découvrir au cinéma pour la première fois il y a quarante-six ans dans El Topo (le gamin, c'était lui), La Montagne Sacrée et Santa Sangre dix-neuf ans plus tard. Le rôle d'Alejandro a lui-même été confié au jeune Jeremias Herskovits, et celui de la mère à l'actrice et soprano Pamela Flores. Si comme dit plus haut La Danza de la Realidad n'est pas exempt de défauts, il reste une œuvre passionnante pour qui saura en faire abstraction. On a déjà hâte de découvrir la suite de l'autobiographie semi-imaginaire du grand Alejandro Jodorowsky...


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